• À PARTIR DES CHIFFRES DE 2014 — Problèmes de société : constat accablant pour les garçons et les hommes du pays

    ARTICLE PARU DANS LE MAURICIEN | 8 AOÛT, 2015 – 07:00 | PAR MONIQUE DINAN

    Que se passe-t-il donc dans les familles mauriciennes pour que tant de garçons et d’hommes soient en butte dès l’adolescence à des problèmes de société qui les enferment dans une spirale de désordre et de violence mais qui les blessent aussi profondément ? Quand on examine le nombre de cas qui ont donné lieu à des accusations et des enquêtes policières, on se rend compte que les problèmes sociaux se précisent dès l’adolescence en nombre beaucoup plus élevé chez les garçons que chez les filles. Il n’est pas question de comparer dans le but d’accuser ou de se lamenter mais les chiffres révèlent une réalité qu’il faut connaître pour réagir positivement et prendre des actions.
    Dans le monde scolaire plus de filles récoltant des succès
    Les statistiques de 2014 révèlent qu’à la fin du cycle primaire, le taux de succès aux examens de CPE était de 80 % pour les filles, alors que les garçons n’étaient qu’à 67 %. Il y a donc eu 33 % d’échecs au CPE chez les garçons, ce qui pose beaucoup de points d’interrogation pour leur parcours d’adolescents. Concernant le pourcentage d’inscription dans les établissements secondaires pour les 12 à 19 ans, il y a 82 % de filles ; il n’y a que 78 % de garçons, ce qui explique le plus grand nombre de filles poursuivant des études tertiaires. Elles étaient en 2013 au nombre de 28 208 représentant 56 % de la totalité de la population estudiantine dans le tertiaire. Une même tendance pour les jeunes adultes entrant dans le monde du travail dans les secteurs tertiaires où les emplois sont relativement mieux payés : on compte 77 % de femmes et 60 % d’hommes.
    Plus de garçons que de filles avec des enquêtes policières  et des sanctions
    Le tableau 1 révèle que 1430 garçons et 63 filles ont été impliqués dans divers délits.

    Dans le monde des adultes – ceux de plus de 18 ans – cette tendance se confirme quand on constate que dans les deux premiers délits – homicides et suicides – le nombre d’hommes impliqués dans les cas rapportés à la police est plus de trois fois supérieur à celui des femmes.

    La plupart de ces problèmes s’annoncent pendant l’enfance et l’adolescence. Le nombre de cas rapportés au Child Development Unit révèle que dans certaines familles, il y a des abandons, de la maltraitance, des abus sexuels ou psychologiques qui sont lourds de conséquence pour l’avenir des enfants impliqués. Reproduisons textuellement ce graphique (voir plus loin) révélateur du mal-être de certaines familles mauriciennes pour que parents et éducateurs soient vraiment conscients de toutes les souffrances intérieures répercutées dans tous ces cas référés à la police.

    Il était nécessaire de constater cette dégradation du tissu social plus fréquent chez les garçons que chez les filles afin de s’attaquer aux causes et de réorienter le tir sans tarder afin qu’ils ne viennent pas augmenter indûment le nombre de détenus. On compte déjà 9 prisons pour hommes et 1 prison pour femmes dans la République de Maurice.
    Je reprends textuellement des commentaires que j’ai émis il y a trois ans sur ce même sujet en vue d’interpeller à la fois parents et enseignants.
    « Qu’est-ce que nos criminels d’aujourd’hui ont vécu dans leur enfance et leur adolescence pour que leur vie bascule ainsi ? Dans quelle mesure le porno, la violence télévisuelle et la permissivité sexuelle ont fait chavirer le climat familial à domicile en éveillant des violences sexuelles qu’ils ont eux-mêmes subies ? Que n’ont-ils pas vécu – gestes incestueux, attouchements sexuels, coups – alors qu’ils étaient encore incapables de se défendre ? Quel refoulement de haine, de jalousie et de volonté de faire mal proviennent des violences subies ?
    Si nous voulons nous mobiliser pour assainir le climat social, que faisons-nous pour mieux encadrer les enfants d’aujourd’hui ? Ils ont besoin de vrais parents et de bons enseignants qui savent les faire se sentir aimés et protégés d’abord, puis qui savent poser des interdits. S’ils restent irrémédiablement affamés d’amour et meurtris, ils seront les violents de demain, incapables de gérer leurs colères et ne sachant que saccager et démolir.
    Le relativisme ambiant clame le droit à la liberté où tout est permis. Gare à l’enfant roi et à l’adolescent sans repères dans notre société où ceux qui mettent en avant les valeurs morales sont taxés d’hypocrites et de passéistes. »
    Quelle place dans leur vie d’enfant aux pratiques religieuses qui leur apprennent qu’ils sont aimés d’un Dieu d’amour, qu’ils sont capables de faire la différence entre le bien et le mal et de poser les bons choix.
    Absence des papas
    Que fait la génération des 25-50 ans, les parents d’aujourd’hui, pour un assainissement du climat familial et social ?
    Que de couples temporaires et de cœurs en souffrance parmi eux ?
    Que de familles désunies dont les enfants sont les premières victimes ?
    Que de papas trop absents absorbés par le travail, les problèmes de transport et le besoin de se défouler hors de la maison familiale ?
    Quel avenir pour le pays s’il n’y a pas une volonté ferme de protéger et de mieux encadrer les garçons d’aujourd’hui qui sont l’espoir de demain et de futurs chefs de famille ?

    08/08/2015 Monique DINAN