• Père Laval et la Vierge Marie

    À partir des lettres du Père Laval publiées dans le livre du Père Bernard Hym C.S.Sp. « Cœur à cœur avec le Père Laval à travers ses écrits ».

    ARTICLE PARU DANS LE MAURICIEN | 26 NOVEMBRE, 2016 - 06:00 | PAR MONIQUE DINAN

    Ce dimanche 27 novembre, tous les Mauriciens sont invités à se réunir à Marie-Reine-de-la-Paix pour confier à Marie le Cardinalat de Mgr Maurice Piat, prêtre spiritain qui appartient à la même congrégation que le Bienheureux Jacques Désiré Laval. Cette grande manifestation est l’occasion de mettre en valeur la grande dévotion de notre Père Laval à la Vierge Marie. En effet, après sa conversion, son ordination et ses deux premières années de prêtrise en France, le Père Laval devient en 1841, le premier missionnaire de la nouvelle Congrégation du Saint-Cœur-de-Marie à partir en mission. Celle-ci, étant sa première, est implantée à Maurice. Père Laval a pour mission de travailler comme prêtre auprès des esclaves. C’est cette même congrégation, dédiée à Marie, qui est dissoute en 1848 pour être intégrée à la Congrégation du Saint-Esprit qui avait plus de 100 ans d’existence – les Spiritains - et qui était reconnue par le Vatican comme une congrégation missionnaire. Le Père Bernard Hym a publié en 2016 un livre passionnant « Cœur à cœur avec le Père Laval à travers ses écrits ». Cet article veut souligner le grand amour du Père Laval pour la Vierge Marie en relevant les nombreuses références qui lui sont faites à travers ses lettres. Que les prières de dimanche prochain à Marie-Reine-de-la-Paix continuent celles du Père Laval qui a constamment imploré la bénédiction de la Vierge Marie pendant ses 23 années d’apostolat passées dans l’île.
    La correspondance du Père Laval citée dans le Livre du Père B. Hym commence en 1835. Sa mission : « Puisse-je faire mieux connaître et aimer Jésus et sa très Sainte Mère. » Il parle toujours de Marie dans les termes suivants : « Marie, notre Bonne Mère. »
    Sa signature : « Votre tout dévoué en Jésus et Marie. » Ses nombreuses références à Marie sont toujours associées à celui de son fils : « Que béni soit à jamais le nom de Jésus et de Marie. » Ces extraits de lettres soulignent toute la confiance que le Père Laval avait en la Vierge et qu’il communiquait à ses proches : « Mettez-nous sous la protection de la très Sainte Vierge… et demandez surtout pour moi par l’intercession de cette Vierge fidèle que je n’aie pas le malheur de manquer à mes promesses cléricales. » « Que la Sainte Volonté de Jésus et de Marie s’accomplisse en moi en tout, partout et toujours. » Père Laval, 1845.
    Après avoir pratiqué pendant cinq ans – de 1830 à 1835 – comme médecin, et après avoir sérieusement réfléchi suite à une chute de cheval, Jacques Désiré Laval entre au séminaire et se destine au sacerdoce. Celui qui l’accompagne dans son chemin, alors qu’il a 35 ans, est l’abbé Nicolas Letard, curé d’Épieds et son oncle, l’abbé Nicolas Laval. Il adresse plusieurs lettres à l’abbé Nicolas Letard, alors qu’il est séminariste à Paris. Voici des extraits de lettres avec des références à la Vierge Marie.
    Lettre datée du 18 août 1835 à l’abbé Letard alors qu’il est séminariste à St-Sulpice. Il parle de son changement de vie.
    « Mon changement de vie m’a semblé un peu brusque, et parfois j’ai jeté en arrière quelque regard, et me suis senti chancelant en pensant au chemin qu’il me restait à faire, mais, invoquant l’assistance de notre bonne Mère, de Marie, refuge des pécheurs, j’ai repris ma route à petits pas, ces regrets vont en diminuant, et je commence à ressentir un avant-goût de ce bonheur que Dieu promet à ceux qui le servent fidèlement… De combien de bienfaits ne m’a-t-elle pas comblé en me retirant de ce monde et en me plaçant dans cette sainte maison ! Il faut vous dire que j’ai mon habitation dans une chapelle consacrée à la Très Sainte Vierge… »
    Lettre du 29 septembre 1835 à l’abbé Letard alors qu’il est séminariste. Au séminaire : « Je me traîne à pas de tortue et j’espère avec la grâce du bon Dieu et de sa très sainte mère arriver à mon but. » Père Laval est ordonné à la prêtrise le 22 décembre 1838. Son Évêque l’envoie de 1839-1840 à Pinterville où il travaille pendant deux ans surtout auprès des plus pauvres.
    Lettre du 23 mars 1840 à l’abbé Letard. « Voilà comment se renouvelle une paroisse, c’est avec le temps et de la patience, et surtout en priant sans cesse N.S.J.C. et sa très Ste Mère, c’est en faisant prier ces pauvres petits enfants dont les prières sont si agréables au bon maître qui voulait qu’on laissa approcher de lui les enfants qui les embrassait si tendrement… »
    Il veut être missionnaire et envisage d’aller en Chine, mais il entend parler du Père Libermann, un juif converti, qui prépare en 1840 les « Règles et Constitutions de la Congrégation du Saint-Cœur-de-Marie » pour travailler auprès des Noirs dans les pays qui pratiquent l’esclavage.
    Le Père Laval entre dans cette Congrégation et devient ainsi le premier missionnaire de la Congrégation du Saint-Cœur-de-Marie à partir en mission.
    En 1841, la première mission de la nouvelle congrégation est donc ouverte dans l’île Maurice où Père Laval va passer 23 ans. Extrait d’une lettre de 1841 à M. Galais, son directeur spirituel du séminaire de Saint-Sulpice. Il est alors à Londres où il est venu rejoindre le navire qui va le mener à Maurice, comme missionnaire du Saint-Cœur-de-Marie.
    « Notre Seigneur n’a pas permis que nous partissions tout de suite ; il a voulu que je passasse 15 à 16 jours dans cette grande ville de Londres, dont je ne connais d’autre rue que celle qui conduit à une toute pauvre petite chapelle où tous les jours j’ai le bonheur de passer quatre à cinq heures au pied du divin Maître et d’y offrir le très saint sacrifice de la messe… que j’aille aussi faire bénir dans cette île le saint nom de Marie, ma très digne et bonne Mère. Car comment reconnaître tout ce qu’elle a fait pour moi, cette Mère de miséricorde ?… C’est elle qui m’a choisi, hélas parmi tant d’autres, qui en sont des milliers de fois plus dignes que moi, pour me conduire par-delà les mers, au service de ses pauvres et chers Noirs… Ho oui, j’espère que je ferai bénir son saint nom par ces pauvres abandonnés ! Oui je veux faire bénir son saint nom dans cette île Maurice… »
    Lettre du 1er juin 1841, la veille de son départ de Londres pour Maurice, conclusion d’une lettre au Père Libermann. «… Que Notre Dame des noirs prendra pitié de nous et qu’elle n’oubliera pas les chers noirs auprès de son cher Fils. »
    Lettre du 23 juillet 1842 à l’abbé Letard. « Priez mon cher ami et confrère, priez beaucoup et faites prier toutes les bonnes âmes de votre paroisse pour le pauvre et misérable missionnaire des pauvres noirs, afin que notre divin maître et sa sainte mère le protègent et bénissent ses chétifs et menus travaux ; priez pour que le loup infernal ne vienne pas m’enlever toutes les pauvres brebis que je place chaque jour dans la bergerie du Bon Pasteur… Tout à vous mon très cher ami, dans le cœur de Jésus et de Marie. Laval prêtre »
    Lettre du 23 juillet 1842 à M. Michel Coquerel, directeur du Petit Séminaire d’Evreux. « Mon très cher ami en Notre Seigneur. Que béni soit à jamais le nom de Jésus et de Marie et que la très sainte et adorable bonté du divin maître soit à jamais faite sur la terre comme au ciel ; me voilà mon très cher ami au milieu de mes pauvres noirs depuis environ neuf mois ; qu’il y a ici de misère non pas corporelle mais spirituelle, c’est incroyable et il faut voir pour croire, Dieu seul peut rétablir ici son règne qui n’y est pas… Mon troupeau se monte à peu près, de 60 à 70,000 Noirs… Priez mon très cher ami, pour le pauvre et misérable missionnaire des Noirs, priez pour le petit troupeau de Maurice… »
    Lettre de 1844 au V.P. Libermann, supérieur général du St-Cœur de Marie. Après trois ans de travail, un premier bilan du Père Laval au V.P. Libermann, supérieur général du St-Cœur de Marie, qui avait écrit au père Laval en octobre 1843 : « Ne soyez pas le dernier à enrôler les âmes sous l’étendard du Saint-Cœur de Marie. » « À notre arrivée, tout était contre nous, et le noir et le blanc… Voilà, Monsieur le Supérieur, le fruit de trois années de travail, à peu près de deux cent cinquante personnes instruites et baptisées, Malgaches et Mozambicains, trois cent cinquante et quelque mariages, tant créoles que malgaches ; à peu près trois cent vingt Premières Communions, peu de jeunes, presque tous des vieux.. Je ne sais si ma manière de voir est bonne ; du reste ces bonnes gens ont grande confiance dans leur pauvre Père ; ils ne font rien, soit pour le temporel, soit pour le spirituel sans consulter, et sont dociles à suivre ce qu’on leur dit ; du reste les esprits reviennent beaucoup en faveur de la religion, même du côté du blanc ; peut-être que Marie aura pitié de nous… J’espère que Marie aura pitié de son pauvre missionnaire, et que bientôt elle lui enverra un ou deux confrères… Que je ne déshonore pas le saint titre de Missionnaire du St et Immaculé Cœur de Marie… » Laval. Prêtre, Miss. S.C de M.
    En 1845, lettre du Père Laval au Père Libermann. Parce que Mgr Collier est de retour au pays avec six prêtres, 4 Irlandais et 2 Belges, le Père Laval prend des vacances à Bourbon (l’actuelle Réunion). Cet extrait de lettre résume les 4 premières années vécues à Maurice, comme premier missionnaire spiritain de sa congrégation, son besoin de prières et son attachement à Marie. « Il y avait longtemps que je demandais à Notre Seigneur une petite vacance ; que c’est bon de se retrouver au milieu de bons frères, à qui on peut ouvrir son cœur, car depuis quatre ans je suis un véritable solitaire, ne sachant à qui parler, ouvrir ma pauvre âme ; mais le temps du repos va bientôt finir, cas le Supérieur Levavasseur vient de recevoir une lettre de Monseigneur Collier pour hâter mon retour à Maurice où mes pauvres enfants me demandent, il faudra donc se séparer de mes frères pour aller tout seul reprendre le travail ; toutefois que la Sainte Volonté de Jésus et de Marie s’accomplisse en moi en tout, partout et toujours ! Mon cher Père supérieur, recommandez-moi s’il vous plaît, avec mes pauvres enfants de Maurice, aux prières de la Communauté. Ho que nous avons besoin de prières, nous autres pauvres missionnaires, exposés la nuit comme le jour au feu et à la mitraille de l’ennemi… J’ai l’honneur d’être, mon très cher Père, votre tout dévoué fils en N.S. J.C. et en Marie. Laval, Pauvre Miss. Du St Cœur de Marie ».

     

    26/11/2016 Monique DINAN