• A quand le projet de loi concernant la bioéthique à Maurice ?Quelles seront les occasions de concertation de la population?

    En cette semaine de la Fête des Mères, les souvenirs de notre enfance et les émotions qui lui sont associées repeuplent la mémoire de chacun. Nous avons tous eu besoin de maman et de papa ; nos premières années ont été invariablement marquées par la qualité de leur présence. Les avancées des sciences médicales modernes qui sont venues ouvrir de nouvelles voies pour faciliter la fécondation et améliorer la qualité de la vie nécessitent toutefois un strict encadrement légal. Nous avons quatre cliniques opérationnelles dans le domaine de la procréation médicalement assistée dans le pays. Or nous sommes encore en attente d’une loi mauricienne concernant la bioéthique.

     

    C’est grâce aux questions de nos députés au Parlement que nous pouvons glaner quelques informations à ce sujet. En mars 2013, au début des sessions parlementaires, à une question posée, la réponse était venue que le projet de loi concernant la bioéthique allait être présenté au cours de ce mois de juin. Cette loi sera-t-elle en fait présentée et votée au Parlement le mois prochain sans que les Mauriciens aient été préalablement consultés et aient eu l’occasion de se prononcer. Comme il s’agit de loi ayant pour but d’encadrer et de protéger la vie humaine quand elle est le plus fragile et le plus exposé – à ses débuts et à la fin de la vie humaine – il est important que nous nous sentions tous concernés et informés.

     

    Les échanges parlementaires préalables ces dernières années avaient laissé entendre qu’il y aurait eu concertation à ce sujet. Reproduisons quelques extraits des débats qui ont eu lieu au Parlement le 12.04.2011.

     

    Mrs Labelle: …Since we are all aware that it is more than 10 years that in vitro is being practiced and we don’t have any legal framework, and in view of the highly ethical aspect of this issue, will the hon. Minister give an indication to the House when she thinks she will be coming with a piece of legislation to address this issue?

     

    Mrs Hanoomanjee:… « I am informed that the technique is being practiced by three private Health Care Units, namely St Esprit Clinic, Quatre Bornes (1996), Harley Street Fertility Centre, Floréal (2007) and Gynaecology and Fertility Centre, Rose Hill, which offer in vitro fertilization. » 

     

     I stated there is a Bill under preparation. We are preparing the legislation and I will have wide consultations on the piece of legislation before it comes to Parliament.”

     

    Deux années ont passé. Les ministres ne sont plus les mêmes, mais le tourisme médical lui s’est activé avec l’ouverture d’un quatrième centre bioéthique à Apollo Bramwell. Nous serons bientôt en juin… le projet de loi sera-t-il présenté ? Est-ce qu’il y aura les consultations promises sur une loi qui va concerner un sujet d’importance vitale ?

     

    Le pays sera-t-il doté d’un Conseil national d’éthique qui s’avère essentiel pour réfléchir sur des questions qui sont en lien direct avec la dignité de la vie humaine : la souffrance des couples en attente d’enfant, les donations d’ovules et de spermatozoïdes, le recours à des mères porteuses, la congélation des embryons, le diagnostic préimplantatoire, les expériences sur l’embryon, la blessure post-avortement, l’euthanasie, l’objection de conscience du personnel médical et infirmier. Autant de questions qui attendent toujours réponses.

     

    Je reprends l’argument que j’avais avancé en début d’année faisant un plaidoyer pour l’introduction dans le pays de la NaProTechnologie car avec l’in vitro, il y a une perte massive d’embryons humains car il faut transférer au moins 6 embryons pour chaque embryon qui arrive à terme, sans compter les embryons détruits du fait de la sélection et ceux ne survivent pas au processus de congélation/décongélation.

     

    Avec la NaProTechnologie, les complications sont rares et les risques de grossesses gémellaires minimes (4,5%), ce qui facilite la grossesse et l’accouchement pour la mère comme pour l’enfant.

     

    Le recours à une intervention chirurgicale spécialisée (NaProChirurgie) est recommandé, si elle est nécessaire pour rétablir un potentiel de fertilité optimum.

     

    Les taux de prématurité, de bas poids de naissance avec risques de mortalité, ainsi que les coûts sont moindres. (www.friendsoffertilitycare.org)

     

    J’avais même suggéré que le gouvernement pourrait investir dans une clinique de naprotechnolgie en 2013 l’année du 50ème anniversaire de la fondation de l’Action Familiale à Maurice. Quel plus beau cadeau d’anniversaire faire à notre pays dans ce contexte du planning familial par des méthodes naturelles – où Maurice est reconnu au plan international – que de se doter du premier centre de naprotechnolgie  en Afrique ?

     

    Si le gouvernement va de l’avant avec un tel programme pour les traitements d’infertilité, il répondra à l’attente du Dr S. Boolell le 12.04.2011 au Parlement en faveur d’une médecine à la portée de tous les Mauriciens: « May I ask the hon. Minister how action in the private clinics is tolerated without a legal framework and this is being used as an excuse not to perform same for someone in this population, who cannot afford the fees of a clinic? It is not fair.”

     

    Nous aurions un volet de plus à notre tourisme médical dans un domaine qui offre une chance de grossesse lors de chaque cycle et où les risques de prématurité, de bas poids de naissance, de mortalité et des coûts sont moindres.

     

     

     

    1 seul avortement pratiqué en une année depuis la légalisation 

     

    C’est encore au Parlement la semaine dernière, qu’il y a eu un premier bilan de la loi votée en juin 2012 légalisant l’avortement dans 4 cas précis. Un seul avortement a été effectué en une année dans le cadre de cette loi. Heureusement d’une part qu’il n’y a eu qu’un seul cas. D’autre part, voilà qui vient démontrer à quel point l’argument des 20 000 avortements pratiqués annuellement dans le pays était super exagéré.

     

    Qu’à cela ne tienne. L’éducation au respect de la vie dès sa fécondation est d’importance vitale pour l’avenir. Dans plusieurs pays d’Europe, ce mois de mai est occasion de Marche pour la vie  promue par divers groupes engagés dans la défense de la vie humaine. En Italie, il a même été jugé opportun de faire précéder la marche par un congrès « Médecins jusqu’au bout. Le bon médecin dans les cas éthiques sensibles » qui a porté sur les qualités à pratiquer dans les comportements qui doivent distinguer tout médecin pour qu’il puisse être considéré comme un « bon » professionnel de la santé. Parmi les sujets abordés, la fertilité et l’infertilité, les thérapies intra-utérine, l’attention aux nouveau-nés en phase terminale, ainsi que les problèmes psychologiques liées à l’interruption de grossesse. Il y a aussi, au cours de ce mois de mai 2013, l’initiative citoyenne européenne  « Un de nous »  (www.undenous.fr)  qui a pour but de récolter des signatures pour garantir la protection juridique de l’embryon, en protégeant tout être humain dès sa conception à son déclin naturel.

     

    Nous aurions intérêt, nous aussi dans le pays, de nous mobiliser annuellement pour informer et prendre position. Éduquer au respect de la vie humaine est une valeur fondatrice d’une société qui se respecte. N’est-ce pas ce que notre génération souhaite léguer à nos enfants et petits- enfants ? 

     

    publié dans l’express du 24 mai 2013

    24/05/2013 Monique DINAN