• Mieux connaître Père Laval (1803 – 1864)

    38 ans en France et 23 ans à l’Ile Maurice

    En cette année 2014 où une nouvelle crypte se prépare pour accueillir les pèlerins qui viennent se recueillir auprès du tombeau du Père Laval, cette série d’articles en 5 volets. Nombreux sont les textes écrits par le Père Laval lui-même qui fait le récit de son vécu.

    1. Les 38 premières années du Père Laval en France 1803-1841
    2. Début de la mission de 23 ans du Père Laval à Maurice
    3. Père Laval de 1846-1860 : difficultés entre vie religieuse et vie missionnaire.
    4. Père Laval de 1860-1864 : années de maladie et décès.
    5. Père Laval et la Vierge Marie
    6. Père Laval : ses 38 ans en France

    Jacques Désiré Laval est né le 18 septembre 1803; son frère jumeau Michel est mort peu après.  Il avait deux grandes sœurs Adélaïde et Gertrude et sera suivie par Auguste et Justine. Sa maman, une femme de grande charité accueillant les mendiants et secourant vieillards et pauvres, meurt en 1811.  Orphelin à sept ans et demi, son père qui est maire de son village en Normandie, se remarie une année plus tard et a deux autres enfants : Robert et Virginie.  Il est un papa sévère et un peu rude ;  l’absence de sa mère marque Jacques qui reste un enfant silencieux et discret.  En 1825, il termine ses études de bachelier à 22 ans.  Sera-t-il prêtre ou médecin ? Il choisit la médecine, va étudier à Paris et en 1830, il présente sa thèse de médecin : « Essai sur le rhumatisme articulaire ».

    Médecin à 29 ans

    Dr. Jacques Laval devient médecin de campagne ; il a la passion des chevaux, aime le plaisir, la danse.  « Je résiste à Dieu ». Il pratique la médecine de 1830 – 1835  dans 2 régions :

    (i)                          à St André où il est en butte à la jalousie d’un collègue médecin.

    (ii)                        à Ivry la Bataille, il est l’associé d’un autre médecin, Dr Postel, qui est étranger à toute pratique religieuse. Dr. Laval exerce chaque jour deux tournées de 4 à 5 heures chez les malades.

    En 1834, il se convertit, 5 ou 6 mois après son arrivée à Ivry. Il assiste régulièrement à la messe le dimanche. En 1835, il envisage d’acheter une maison, fait une chute de cheval. Sa piété s’accroit. Il passe du temps en prière, il jeûne. Il veut donner une nouvelle orientation à sa vie.

    Le 5 juin 1835 à son frère Auguste, qui lui reproche presque sa décision de quitter la médecine et de se faire prêtre, il répondit : « Oui, c’est mon intention.» – Mais tu peux faire du bien comme médecin et, comme tu as de quoi vivre, tu pourras aider les malheureux. – C’est vrai, mais j’ai balancé d’abord entre la prêtrise et la médecine; j’ai embrassé la médecine et je vois aujourd’hui que j’ai eu tort. Dieu m’appelle. C’est ma vocation. Devenu prêtre, je pourrai faire plus de bien. Je dois suivre la voix de Dieu, – aussi je te prie de ne plus me reparler de cela. »

    1835-1838 : les années de séminaire

    En 1835, Père Laval entre au séminaire Saint Sulpice de Paris, y passe quatre ans et trouve finalement la paix de son âme. Déjà au séminaire, les pauvres étaient devenus sa vocation. Il faisait beaucoup de mortifications. Dans une lettre écrite en 1863 (un an avant sa mort) au Supérieur de sa congrégation, il raconte : « ma vie au séminaire de Saint Sulpice a été bien misérable et bien pauvre ; je me suis tenu autant que possible dans le silence et dans l’oubli, travaillant à guérir les plaies profondes que le péché avait faites à mon âme.  Ces 4 années n’offrent rien d’édifiant ni d’intéressant

    1838 : ordonné prêtre à l’âge de 35 ans

    De 1839-1841 : il est nommé curé de Pinterville : Dans cette paroisse de quelque 500 habitants, il y a peu de pratiquants. Père Laval passe beaucoup d’heures en oraison dans l’église. Il écrira à ce propos : Après mon Séminaire je fus placé dans une toute petite paroisse du diocèse d’Evreux; pendant les deux années que je l’ai desservie, n’ayant presque pas à faire de ministère, j’employai mon temps à l’oraison, l’étude de l’Ecriture sainte, à l’étude de la théologie, ayant fait de très faibles études ; je menais là la vie d’un véritable chartreux, et je rappelle toujours ces deux années avec grande consolation. »

    Le Père Joseph Michel dans la biographie qu’il a écrite sur Père Laval parle « d’une mortification sans bornes, il porte un cilice, dort sur un simple matelas, aime les enfants, organise le catéchisme, fait la classe l’après-midi quand l’instituteur quitte la commune et n’est pas remplacé, visite les malades, sa charité devient proverbiale, il est un modèle de pitié, d’humilité, d’austérité. » Il veut faire plus pour le Seigneur.

    Aout 1840 : Il entend parler d’un projet de société de missionnaires – l’œuvre des Noirs – pour les colonies formé par deux séminaristes  qu’il a connus au Séminaire de St Sulpice où il s’est préparé à la prêtrise: Fréderic Levavasseur – un créole réunionnais et Eugène Tisserant, un parisien dont la mère est née à Haïti. Le père Libermann sera le fondateur et premier supérieur.de cette nouvelle Congrégation religieuse, La Société du Saint Cœur de Marie.

    Dans un courrier, Père Laval raconte : « En 1840, le P. Blanpin et un autre élève de St-Sulpice vinrent me trouver dans ma solitude et me parlèrent du projet du très Vénéré Père Libermann de former une congrégation de prêtres pour les colonies et de la facilité d’y établir le règne de Dieu parmi les noirs. Moi qui ne faisais pas grande chose dans ma pauvre petite paroisse et qui désirais cependant convertir quelques âmes pour réparer la perte des âmes que j’avais perdues, je me sentis poussé d’entrer dans cette congrégation, vu surtout qu’il ne fallait pas de grands talents pour faire le bien parmi ces pauvres ; c’est alors que je suis parti pour la mission de Maurice. J’y suis demeuré cinq années tout seul, puis est venu le Père Lambert, deux ans après le Père Thévaux. »

    1840 Mgr William Collier nouvellement nommé Vicaire Apostolique de Maurice veut amener avec lui des prêtres anglais et français pour s’occuper des catholiques de l’Ile Maurice.

    6 février 1841 Père Laval reçoit l’autorisation de son évêque pour quitter sa paroisse de Pinterville. Le 19 février 1841 il fait ses adieux à sa paroisse. Il se rend à Londres pour prendre le navire qui va le mener à Maurice

    Mai 1841 : 3 semaines à Londres

    Dans une lettre du 25 mai 1841 au Père Galais, directeur du Séminaire de St-Sulpice, Père Laval écrit : « Que Dieu soit loué… Notre-Seigneur n’a pas permis que nous partions tout de suite, comme nous l’avait écrit notre très digne évêque: Il a voulu, ce bon Maitre, que je passe quinze ou seize jours dans cette grande ville de Londres, dont je ne connais d’autre rue sinon celle qui conduit à une toute pauvre petite chapelle, où tous les jours j’ai le bonheur de passer quatre à cinq heures aux pieds du divin Maitre, et d’offrir le très saint sacrifice de la messe : puis le soir je m’y rends encore vers les six heures, et puis j’y passe encore deux à trois heures, demandant à Notre-Seigneur qu’il m’envoie, au grand jour de la Pentecôte, son Saint-Esprit, afin que, moi aussi, tout pauvre et tout chétif que je suis, je porte son saint nom par-delà les mers, et que j’aille prêcher mon Jésus à ses chers et très chers noirs, que j’aille aussi faire bénir, dans cette ile, le saint nom de Marie, ma très digne et bonne Mère. Car, comment reconnaitre tout ce qu’elle a fait pour moi, cette Mère de miséricorde ?… C’est elle qui m’a choisi, hélas! parmi tant d’autres, qui en sont des milliers de fois plus dignes que moi, pour me conduire par-delà les mers au service de ses pauvres et chers noirs; oh! oui, j’espère que je ferai bénir son saint nom par ces pauvres abandonnés! Oui, je veux faire bénir son saint nom dans cette ile Maurice !…

    Je fais un petit apprentissage de la vie de missionnaire. Car je suis à Londres, depuis mon arrivée, sans aucun de mes effets… en sorte que je ne possède que ce que j’ai sur le corps ; oui, encore une fois, que Dieu soit béni en tout et partout ; oui, que toujours sa très sainte volonté soit faite.   De plus, Monseigneur est logé dans un endroit très éloigné de nous, de sorte que je suis dans une auberge, dans une toute petite case et sous la tuile; et là je me contente, pour nourriture, d’un peu de pain et d’eau, et de peu de viande ; c’est là la vie apostolique, et puis je prie le bon Dieu de tout mon cœur. On me connaissait déjà avant mon arrivée, et maintenant on ne parle plus de moi et on me laisse faire à ma guise, de sorte que j’ai espérance que, dans le vaisseau, je n’aurai rien à changer à mon genre de vie; on me prend pour ce que je suis, pour une bonne bête et un bon à rien, oh! Que cela est bon et bien vrai, de sorte que ma manière d’être ne choque plus personne: on dit ici comme partout: c’est sa manière comme cela, il faut le laisser faire, c’est un homme qui est mort à tout…

    Monseigneur Collier est un très saint homme (…) à bord, j’aurai plus de temps de pouvoir profiter de ses exemples, de ses avis ; je tâcherai de considérer en lui la personne même de mon divin Maitre, et de ne rien faire d’important sans ses conseils ; je tâcherai de garder la plus grande charité envers mes chers confrères je tâcherai de faire le moins de gaucheries possible; et puis, si j’en fais, j’en demanderai tout de suite très humblement pardon; je me considérerai comme le dernier de la toute petite compagnie.

    Je me recommande, ainsi que notre Mission, aux prières de la Communauté… »

    Le 4 juin 1841 : Départ pour Maurice, un voyage qui va comporter 100 jours de traversée sur le Tanjore. Mgr. Allen Collier est accompagné de 4 prêtres – Giles, un Anglais, Larkhan, un Irlandais, Rovery, un Savoyard et Laval, un Français – qu’il destine à la nouvelle mission où il vient d’être affecté comme Vicaire Apostolique et dont il deviendra le premier évêque quand le Diocèse de Port-Louis est établi en 1847.

    Maurice devient donc le berceau de la Congrégation du Saint Cœur de Marie et Père Laval le premier missionnaire de cette congrégation.

     

    Joseph Michel  C. S. Sp :  Le Père Jacques Laval  Le saint de l’Ile Maurice 1803-1864. Éditions Beauchesne 1976

    Joseph Lécuyer C. S. Sp : Jacques Laval  Extraits de sa correspondance  Éditions Beauchesne 1978

    2ème partie

    Début de la mission des 23 ans du Père Laval à Maurice

    Père Laval, seul prêtre missionnaire des Noirs de 1841 à 1845

    14 septembre 1841 : Mgr. Collier qui a la responsabilité des catholiques de Maurice débarque à Port-Louis avec ses quatre nouveaux prêtres. Il doit remettre de la discipline dans le clergé catholique du pays et fait face à une administration britannique qui a tout un plan d’anglicisation de la jeunesse avec l’ouverture des écoles primaires. Mgr. Collier et ses missionnaires  arrivent dans un pays qui a connu, en 1835, l’Abolition de l’Esclavage : 66,000 esclaves sont devenus apprentis. Nombreux sont ceux qui ont abandonné le travail de la terre, d’où l’arrivée en grand nombre des immigrants indiens. L’Ile Maurice regroupe alors quelque 140 000 habitants dont 27% habitent Port Louis. Le plan de Mgr. Collier est de destiner le Père Laval au soin des classes les plus pauvres et les plus humbles de la chrétienté, les noirs émancipés et les prisonniers. C’est la raison officielle mise de l’avant pour qu’un prêtre français soit accepté par l’administration britannique.

    26 sept 1841 : la Mission des Noirs commence, la classe la plus indigente et la plus ignorante de la population. Père Laval habite dans la cure de la cathédrale, mais comme le va-et-vient des affranchis va poser des problèmes, il s’installe dans un petit pavillon en bois dans la cour de la cure où il peut les accueillir. De 9.00 à 16.00 ils viennent un à un apprendre le signe de croix, les prières, les mystères de la religion. De 19.00 – 21.00, ce sera la prière et catéchisme. Deux mois après, le 13 novembre 1841, 4 catéchumènes sont baptisés par Mgr Collier. Le Père Laval axe son travail auprès des couples afin de les stabiliser dans le mariage et veiller à ce qu’ils s’occupent bien de leurs enfants. Il vit et travaille seul. Il apprend le créole.

    Le 22 juin 1842 à son ancien supérieur de séminaire, M. Galais

    Père Laval écrit cette lettre

    « Nous voici donc rendus dans cette pauvre ile Maurice, dans cette portion de la vigne du Seigneur qui nous est échue en partage. Il m’est impossible de vous dire en quel état pitoyable est cette pauvre colonie. C’est un désordre et une corruption incroyables. C’est un mélange de chrétiens qui n’en ont que le nom, et d’idolâtres de toutes nations. Il y a ici des habitants de tout pays, qui y sont attirés par le désir d’y venir gagner de l’argent. J’ai à vous parler de nos pauvres Noirs; il y en a environ 80 000 dans l’ile ; peut-être plus de la moitié ne sont pas baptisés, et ceux qui le sont ne se conduisent pas mieux que les idolâtres. Il n’y a presque pas de mariés à l’église. Ils se quittent et se prennent plusieurs fois; ils sont adonnés beaucoup à l’impureté, à l’ivrognerie et à tous les plaisirs de la chair ; il y a un luxe et une vanité qui dépassent l’imagination.

    Sa mission

    Me voilà donc seul à m’occuper de cette pauvre classe et voici mes pauvres et chétifs travaux depuis 9 à 10 heures du matin jusqu’à 3 ou 4 heures de l’après-midi j’ai une petite chambre dans la maison de Monseigneur Collier, où je reçois tous ceux qui se présentent, pour leur apprendre leurs prières et les principaux mystères de notre sainte Religion; il en vient un grand nombre durant la journée. A 7 heures du soir j’en réunis, tous les jours, de 150 à 200 dans l’église, où tous ensemble nous récitons la prière, et où je leur apprends le catéchisme ; ça dure jusqu’à 9 heures et demie, et quelquefois jusqu’à 10 heures du soir.

    Les dimanches, je leur dis la Sainte Messe à midi, et nous appelons ça la Sainte Messe des Noirs ; il y a fort peu de Blanes qui y assistent. Je leur fais réciter tout haut leurs prières et une petite instruction toute familière sur les Mystères, les Commandements de Dieu et les Sacrements. Puis, quelques-uns se confessent, et ça me mène jusqu’à 3 heures. J’ai eu le bonheur d’en baptiser une trentaine, qui donne beaucoup à espérer. Vingt ont fait leur première communion avec beaucoup de recueillement, je les ai mariés auparavant à l’église. Je trouve beaucoup d’opposition de la part des Blancs, qui voient d’un œil d’envie qu’on ne fait aucune distinction, dans la maison de Dieu, de couleur et de condition, et plusieurs maitres refusent de laisser leurs pauvres domestiques assister aux instructions. C’est de leur part que viendront toutes les difficultés à travailler au salut de ces pauvres abandonnés; ils se moquent de ces pauvres gens et leur donnent de bien mauvais conseils. Je ne suis pas trop bien auprès des Blancs, moi qui ne veux m’occuper que des Noirs.

    Presque tous les Noirs meurent sans sacrements c’est rare quand ils font appeler un prêtre. On les a tant refusés et rebutés qu’ils n’osent se présenter à l’église. On est très embarrassé quand on est appelé auprès de ces pauvres délaissés. On les trouve dans le concubinage, ne connaissant ni le signe de la Croix ni aucun de nos mystères. Ils sont dans l’habitude du blasphème et de toutes sortes de péchés, et on n’a que quelques instants pour leur parler, car ils ne vous appellent qu’à la dernière extrémité. On ne sait comment faire, et, à chaque pas, on rencontre des cas de conscience dont on n’a rien dit dans la théologie.… Voilà, mon très cher Père, les détails que je puis vous fournir; plus tard, j’apprendrai à mieux connaitre le pays, et je pourrai vous en instruire plus au long. »

    Le style de vie du Père Laval

    « Quant à moi, Monseigneur m’a mis bien au large. Je vis retiré dans un petit pavillon, où je reçois mes pauvres Noirs. Je mange seul et je n’ai presque aucun entretien avec les autres prêtres. On me connait maintenant, on me laisse faire. Je ne suis ni bien ni mal avec personne. Je ne consulte que Monseigneur. Je vis à Maurice comme dans ma petite paroisse de Pinterville. Tout mon temps libre, je le passe aux pieds du Saint Sacrement, et c’est là que je vais me délasser. Je n’ai été encore chez personne de riche, mais seulement auprès des pauvres malades. Je ne remplis aucune fonction à l’église.

    La porte de cette pauvre ile est fermée à mes chers confrères, et peut-être que moi-même je n’y resterai pas longtemps; car le Gouvernement anglais ne veut pas que Monseigneur emploie des prêtres français pour l’exercice du saint ministère ; de sorte que me voilà tout seul pour ces pauvres gens : que la sainte volonté de Dieu soit faite ! ».

    Premières impressions

    … « J’éprouve, de temps à autre, du découragement de me voir tout seul. Encore si j’avais un de vous pour m’aider et pour m’encourager, mais seul et tout seul ! Cependant, que la sainte volonté de Jésus, mon divin Maitre, soit faite en moi, en tout et partout ! Le ministère, ici, c’est la même chose que de l’exercer au milieu de cette pauvre et misérable population de Paris ; cc sont les mêmes vices ; il faut patience et courage »….

    « Beaucoup viennent entendre la parole de Dieu, peu la mettent en pratique »

    Je prie les bons Messieurs qui désirent travailler à cette grande œuvre de ne pas se faire illusion et croire qu’on n’a qu’à se montrer pour convertir ces pauvres gens. Non, ce n’est qu’à force de patience, de persévérance et beaucoup de prévenance envers eux, qu’on peut en avoir quelques-uns. Mais, ici comme ailleurs, beaucoup viennent entendre la parole de Dieu, et peu la mettent en pratique. On se borne å leur apprendre le strict nécessaire, leurs prières, leurs trois mystères, le plus simplement possible, puis les sept sacrements, et surtout à ne pas jurer, å ne pas se livrer à l’impureté, à l’ivrognerie et aux autres gros vices; et ce n’est que dans quelques années qu’on pourra commencer à voir quelque bien, s’il plaît à Dieu de bénir mes pauvres et chétifs travaux. Le diable est aussi jaloux ici d’avoir des âmes qu’en France, et ce n’est qu’avec dépit et rage qu’il se voit chasser de ses retranchements. »

    Aumônier de la prison de Port-Louis depuis 1842, il les fait prier matin et soir

    « Monseigneur a obtenu la permission d’envoyer aux prisons un prêtre pour enseigner ces pauvres malheureux, qui, jusqu’ici, avaient été livrés entre les mains d’un maitre d’école protestant, et c’est sur moi que Notre Seigneur a daigné jeter les yeux pour aller porter quelque consolation à ces pauvres affligés.

    Notre-Seigneur et divin Maitre me conserve jusqu’ici assez de santé, malgré la chaleur du pays, qui est bien plus grande qu’en Europe; vous êtes au fort de l’hiver, et nous au fort de l’été. Le jour de Noël, à la messe de minuit, je suais à grosses gouttes, et je ne pouvais me persuader que j’étais dans la pauvre étable de Bethléem avec mon Sauveur, tout raide et froid…

    Je demande à Notre Seigneur qu’on daigne m’envoyer au moins un de vous pour m’aider, et surtout pour me fortifier et m’encourager, et surtout pour nous entretenir quelquefois ensemble du bon Dieu, car je n’ai à qui parler du divin Maitre. On s’occupe de tout, excepté de lui seul. J’en cause quelquefois avec Monseigneur (Collier), mais ce n’est qu’en passant, tant ses occupations sont grandes. C’est vraiment un saint homme et ayant l’esprit apostolique. C’est un homme d’oraison et de prière. Heureuses les colonies qui possèdent de tels évêques. .. »

    « Par la prière et par le jeûne que l’on arrache les victimes au diable »

    « Voilà, mon très cher Père et mes très chers Frères, les petits détails que je puis vous donner. Je ne vois rien encore. Notre-Seigneur veut que je travaille dans l’obscurité. Que sa sainte volonté soit faite ! L’avenir m’apprendra à connaitre ces pauvres gens et les meilleurs moyens à prendre pour travailler à leur salut…. … J’apprends de jour en jour que ce n’est pas avec de belles paroles que l’on arrache les victimes au diable, mais par la prière et par le jeûne. C’est le Maitre, qui est la vérité même, qui l’a dit. Recommandez le pauvre missionnaire et ses chers fils, les pauvres Noirs, à Notre Dame… »

    Les méthodes missionnaires du P. Laval 

    Le catéchisme du soir avec le « vieux monde » pour bien préparer « les persévérants » à la première communion. Cela entraine au départ des désordres de la part des Blancs.

    Le catéchisme des enfants pour les préparer à leur Première Communion.

    La formation des catéchistes et conseillères qui deviennent par la suite responsables des petites communautés chrétiennes. Ce sont ces domestiques qui deviennent les missionnaires de leur maitre.

    Les petites chapelles : le P. Laval instaure dès 1844 – 1845 une méthode missionnaire inédite; il fonde dans toute l’ile de petites chapelles, où des laïcs, hommes ou femmes, réunissent les Noirs, pour la prière et le catéchisme, et forment de véritables communautés évangélisatrices.

    La première de ces chapelles qui est devenue par la suite, l’Église du Saint Cœur Immaculé de Marie a été aménagée dans une boulangerie à Petite Rivière en 1845. Une statue de la Vierge a été le lieu de ralliement de la petite communauté.

     

    A Mr Libermann 15 octobre 1844

    En 1844, la mission commence à porter des fruits :

    « Les esprits reviennent beaucoup en faveur de la religion,

     même du côté du Blanc »

    Voilà trois années que nous travaillons la terre de Maurice et jusqu’ici nous avons fait bien peu de récolte; les esprits étaient si mal disposés, on était si mal prévenu en notre faveur à notre arrivée ! Tout était contre nous, et le Noir et le Blanc, et pourquoi ça? A cause des scandales en tout genre qu’avaient donnés les prêtres, nos prédécesseurs (…) ; mon cher Père, qu’un mauvais prêtre fait de mal, et qu’il faut du temps pour faire oublier ses scandales, et son inconduite !

    Voici, Monsieur le Supérieur, le fruit de trois années; à peu près deux cent cinquante personnes instruites et baptisées, Malgaches et Mozambiques, trois cent cinquante et quelques mariages, tant créoles que Malgaches et Mozambiques, à peu près trois cent vingt Premières Communions, peu de jeunes, presque tous des vieux; presque tout a persévéré; excepté quelques jeunes filles et jeunes gens que l’on a été obligé d’éloigner des sacrements, à peu près dix-huit à vingt.

    Je suis très difficile pour donner le baptême et le mariage et surtout pour la Première Communion, non pas pour l’instruction, mais pour la conduite , il me semble qu’il faut prendre bien des précautions pour tâcher d’assurer la persévérance et qu’il vaut mieux avoir trois à quatre cents bons chrétiens, que de faire faire la Première Communion à tort et à travers et de voir des déserteurs. Je ne sais si ma manière de voir est bonne du reste, ces bonnes gens ont grande confiance dans leur pauvre Père, ils ne font rien soit pour le temporel, soit pour, le spirituel sans consulter et sont dociles à suivre ce qu’on leur a dit, du reste, les esprits reviennent beaucoup en faveur de la religion, même du côté du Blanc; peut-être que Marie aura pitié de nous. »

    Voilà, Monsieur le Supérieur, mon genre de vie depuis trois ans ; quelquefois un peu fatigué, mais allant cependant toujours clopin-clopant.

    J’espère que Marie aura pitié de son pauvre missionnaire et que bientôt elle lui enverra un ou deux confrères… Si nous avions trois missionnaires à Maurice, nous pourrions faire quelque bien; un seul, c’est trop fatiguant et éreintant… »

    Joseph Michel  C. S. Sp :  Le Père Jacques Laval  Le saint de l’Ile Maurice 1803-1864. Éditions Beauchesne 1976

    Joseph Lécuyer C. S. Sp : Jacques Laval  Extraits de sa correspondance  Éditions Beauchesne 1978

     

     

    3ème partie

    Père Laval de 1846-1860:

    Difficultés entre vie missionnaire et vie religieuse

    Après ses quatre années de prêtrise en France, Père Laval a voulu s’engager dans une vie missionnaire beaucoup plus active et exposée. Il entre dans la Congrégation du Saint Cœur de Marie, issue de l’Œuvre des Noirs. Père Laval est le premier missionnaire de la Congrégation du Société du Saint Cœur de Marie à travailler auprès des Noirs en venant à Maurice.

    Fondateur de la Société du Saint-Cœur de Marie,  François-Marie-Paul Libermann, un juif converti, se prépare au sacerdoce au Séminaire de Strasbourg et est ordonné prêtre le 18 septembre 1841, dans le même mois que le Père Laval débarque à Maurice.

    L’Ile Maurice a donc été le berceau de la Congrégation des Pères Saint Cœur de Marie qui s’est uni par la suite à la Congrégation du Saint-Esprit. 

     

    2 avril 1846 Lettre du Père Laval à son oncle prêtre :

     mission bien pénible et bien dure, mais il y a pourtant de grandes consolations

    « Notre mission pour la conversion des pauvres noirs va toujours son petit train; l’œuvre du bon Dieu se fait bien lentement et ça faute d’ouvriers. Le nombre de noirs convertis est d’à peu près trois mille, c’est beaucoup et bien peu vu le grand nombre, trois mille sur cinquante (mille), mais que la très sainte volonté de Notre Seigneur soit faite et non pas la mienne. Le Père Levavasseur, supérieur des missions de Bourbon et de Maurice, est venu m’aider pendant le saint temps de carême, car à moi tout seul je n’aurais pas pu faire tout ce travail, vu que ma santé s’est beaucoup affaiblie ; malgré ma défaillance, ça va toujours au petit pas, non pas tant que les occupations le demanderaient. J’ai l’espérance que l’on va m’associer un bon confrère pour continuer ensemble à travailler à la conversion de ces pauvres malheureux si délaissés et si abandonnés. Cette mission est bien pénible et bien dure, mais il y a pourtant de grandes consolations. Ces pauvres gens ont une foi bien robuste et bien vive ; à cette heure il y a une espèce de persécution bien terrible contre eux, partout ils sont moqués, insultés et méprisés et cependant ils vont toujours et personne ne recule ; que Notre-Seigneur et la très sainte Vierge en soient à tout jamais bénis et remerciés.

    …En ce moment-ci, nous sommes accablés de confessions ; du matin au soir il faut rester au confessionnal. C’est dur et pénible dans une saison aussi chaude, mais notre bon maitre nous donne un bon cœur pour souffrir et endurer tout cela… quand on est missionnaire; il faut travailler du matin au soir pour les autres, et on n’a pas un petit instant pour penser à soi.

    Il n’oublie pas sa famille française

    « Mes respects et amitiés à tous mes frères et sœurs, oncles et tantes ; dites-leur que je prie pour eux et que je demande à Notre Seigneur pour eux, non de l’argent, mais leur conversion, mais leur salut, ce qui vaut mieux que tous les biens de ce monde… »

    A partir de 1846, trois missionnaires spiritains français sont autorisés par l’administration britannique à venir travailler à Maurice. Le Père Lambert arrive en décembre 1846, le Père  Thévaux en 1847 et le Père Thiersé en 1848.

    Le Pere Louis Verchère  C.S. Sp  dans son livre « Vive Lumière sur les Iles : le Bienheureux Père Laval » rapporte les faits suivants (p.49) Les PP. Lambert et Thévaux respectent la méthode du P. Laval: catéchisme et confessions. Trois séances de catéchisme par semaine pour environ 600 enfants de moins de 12 ans. Une séance chaque soir pour les adolescents et les adultes qui se préparent à la première communion. Il y a les catéchismes du dimanche et à la prison. Les trois pères passent 4 à 8h par jour au confessionnal et entendent près de 8000 confessions. Le P.Collin apprenant cela se moque d’eux et les appelle des « confesseurs à la vapeur ». Mais le P.Thévaux écrit au P.Libermann « Heureux ministère ! il porte des fruits abondants » La visite des malades, préparés par les conseillères, prend aussi beaucoup de temps.

    Les registres révèlent les conversions. Pour l’année 1847-1848 il y a 600 baptêmes d’adultes. Parmi eux seulement 75 Créoles. Cela vient du fait qu’ils ont été baptisés à la naissance. Pour trouver les convertis Créoles, il faut regarder la régularisation des mariages. Pour, 1847-1848, il a 1500 mariages dont 1000 sont des Créoles.

    Le journal «Le Mauricien» du 30 juin 1847 profite de la Fête-Dieu pour faire le point sur l’Eglise catholique. «Le peuple, c’est à dire, cette fois, les anciens esclaves, le peuple a démontré clairement aux incrédules et à ceux qui pourraient le plus douter de lui qu’avec des soins fraternels et une direction charitable, on pouvait développer rapidement en lui un immense progrès moral. Aujourd’hui, la masse de nos ci-devant esclaves, possède en son sein des éléments de perfectionnement auxquels il est impossible de ne pas croire. Ce progrès à qui le devons-nous? A un pauvre prêtre qui comprend son mandat et qui l’exécute en conscience avec une sagesse qui n’a d’éloge que sa charité» (Joseph. Michel p.252).

    Lettre au Père Libermann, 14 octobre 1847

    En plein travail missionnaire

    « Je n’ai plus cette ancienne ardeur pour la gloire de Dieu et sa sainte Mère, me voilà bien affadi et bien attiédi à cette heure, le corps et l’âme sont bien fatigués…mais il faudra travailler, piocher jusqu’à la fin de la journée…

    Cependant je ne suis plus seul à présent ; j’ai le bonheur de posséder depuis bientôt un an le bon Père Lambert qui a été mon soutien et ma consolation ; ce bon Père travaille comme quatre à la vigne du Seigneur et il fait du bon ouvrage et bien solide ; pour moi qui ne suis qu’un pauvre pécheur.

    Nous venons de recevoir le Pere Thévaux, missionnaire de l’Australie… Il me semble que nous aurons grande peine à nous établir ici, cependant si c’est la sainte volonté de Notre Seigneur, ça se fera contre vent et marée; espérance, confiance en Marie notre bonne Mère.

    La mission marche toujours son petit train; 2 000 à peu près de la persévérance qui tiennent bon, et environ 3.000 encore qui, tous baptisés et mariés, assistent à la Sainte Messe, et que nous n’avons pas encore pu faire approcher de la sainte table; nous allons lentement, il faut les éprouver longtemps…

    Mon très cher Père, faites beaucoup prier nos bons Pères pour le pauvre missionnaire de Maurice, qu’ils demandent la ferveur, le zèle et l’amour de Jésus et de Marie pour nous.

    La lettre suivante est profondément émouvante; l’humilité étonnante du Père Laval y transparait, mais aussi son désir insatiable d’aimer Dieu toujours davantage et de le servir toujours mieux.

    Lettre du Père Laval, le 25 janvier 1848 au P. Libermann

     « Quant au Père Laval, il a fait son temps, il aurait besoin de retraite, il ne bat que d’une aile aussi il se décharge  autant que possible sur ses deux confrères… Ici nous vivons  en paix et en parfaite union dans les sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, et nous nous aimons les uns les autres comme les enfants de Jésus et de Marie, il manque une seule chose, c’est un Supérieur. »

    A son oncle prêtre, Port-Louis, 8 septembre 1848

    A propos des petites chapelles

    Les affaires du bon Dieu vont toujours bien ici; notre petite mission s’étend de jour en jour; nous gagnons du terrain petit à petit. Depuis 18 mois nous avons fait bâtir dans la campagne des petites chapelles en bois, couvertes en paille, et revêtues intérieurement de toiles c’est modeste, mais la pauvreté ne nous permet pas de faire davantage. La main-d’œuvre et les matériaux sont très chers. Ces petites chapelles font grand bien, les conversions se font en masse et nous sommes insuffisants au travail ; j’espère que Notre Seigneur va nous envoyer des ouvriers ; à ce moment nous sommes trois, bientôt le nombre va augmenter.

    Le Bon Dieu nous donne des consolations dans notre ministère; nos gens sont pieux et de bonne conduite, d’une grande générosité, excepté quelques misères, c’est indispensable; il n’y a que ma pauvre âme qui est devenue bien sèche et aride ; c’est ce tourbillon du ministère qui ne nous laisse aucun moment de repos pour penser un peu à nous et qui exige qu’on s’occupe toujours des autres ; car nous sommes tout ici, il faut s’occuper des affaires même temporelles de nos pauvres enfants. Je pense au saint autel à vous ainsi qu’à nos parents; je ne demande pas pour eux les biens de la terre qui passent si vite, mais les biens de l’éternité qui demeurent malgré le renversement des états, la conversion, l’amour du bon Dieu ; que Notre Seigneur leur ouvre les yeux, qu’il leur fasse voir la vérité… »

     

    La communauté de Maurice comprend désormais quatre prêtres, et le P. Laval, qui en est le Supérieur, se considère comme le plus inutile.

    Au P. Libermann, le 16 décembre 1848

    Nous sommes quatre en ce moment dans notre petite communauté.

    « Notre Seigneur et sa sainte Mère nous font la grâce de vivre dans la plus grande union d’esprit et de cœur, tout le monde est bien content et travaille de tout son cœur à la vigne du Seigneur ; il n’y a que moi qui fais le paresseux, j’ai perdu une grande partie de ma vigueur d’esprit, de cœur et de corps; bientôt, si ça continue, je ne serai plus bon à rien, sinon à manger le pain de la communauté… »

    Au P. Libermann, le 14 janvier 1850

    Port-Louis, contenant environ 30 mille âmes…. Il faut instruire, catéchiser, consoler, visiter, et administrer les sacrements à tout ce monde.

    « Les affaires du bon Dieu dans le pays de Maurice vont toujours leur petit train, nous gagnons chaque jour un peu de terrain sur le diable qui de son côté tire à boulets rouges sur nous, mais la Sainte Vierge est là qui nous garantit.

    L’arrivée du Père Baud va soulager un peu nos pauvres frères, car nous sommes surchargés d’ouvrage. Quant à moi la paresse commence à me prendre beaucoup, les Pères m’ont fait accroire qu’il fallait prendre un peu de ménagements, et je sais que le corps n’est pas fâché de ces conseils-là ; l’âme est bien aise de se reposer un petit peu….

    Port-Louis au milieu duquel j’exerce mes fonctions est une grande ville avec ses environs que nous sommes obligés de visiter, contenant environ 30 mille âmes. Il faut instruire, catéchiser, consoler, visiter, et administrer les sacrements à tout ce monde. Jugez maintenant de notre travail. Le bon Dieu pour lequel nous travaillons a béni nos efforts et nous comble de bien grandes consolations en faisant fructifier sa sainte parole; le pays et surtout les pauvres noirs pour lesquels nous avons été envoyés ici avec quatre de mes confrères, ne savaient pas même s’il y avait un bon Dieu, à notre arrivée…

    Vous me parlez de retourner en France, mon cher frère, mais je crois que je ne reverrai plus ce beau pays. Mes os resteront à Maurice, impossible de quitter mes pauvres enfants ; notre présence ici sera toujours nécessaire, et si nous allions partir que deviendraient tant d’âmes qui nous ont couté si cher et que nous avons gagnées au bon Dieu à la sueur de notre front. Ainsi point d’espoir et d’espérance de nous revoir encore dans ce monde.

    Je crois que la fin de ma carrière n’est pas éloignée, je sens mes forces diminuer chaque année ; en partant pour les missions j’avais demandé au bon Dieu dix ans de travail, en voilà tout à 1’heure treize. Je crois que la fin approche, que la sainte volonté du maître soit faite. Ainsi si nous voulons nous revoir en famille, servons bien, tous tant que nous sommes, le bon Dieu; le ciel c’est le rendez-vous des bons chrétiens…

    Ma pauvre sœur Justine que j’aime tant… Je prierai souvent le bon Dieu pour elle, car à quoi servent les biens de la terre quand on n’aime pas le bon Dieu. Oui, le bon Dieu, voilà le contentement du cœur… »

    « L’Ile Maurice de 1852 n’est plus l’Ile Maurice de 1841 »

    Maurice Rault le souligne avec netteté dans son livre « Les 177 ans du bienheureux Père Laval » : « Les chapelles sortent du sol comme par miracle. Des hommes et des femmes naguère exclus du message évangélique bénéficient de charismes comparables à ceux que Saint Paul a observés dans l’Église primitive.

    Les riches et les puissants (imaginez le pharisien se jetant aux pieds du publicain pour implorer son aide !) demandent à des illettrés de leur enseigner la vérité et la voie.»

    Au centre, voyez-vous ce prêtre bossu qui guérit un lépreux en l’embrassant ?…

    … La bataille des cœurs est gagné. Laval a rossé le Diable.

     

    Les contraintes de vivre au sein d’une congrégation religieuse

    En 1848, il y a eu la suppression de la Congrégation du Saint Cœur de Marie et l’entrée de ses membres dans la Congrégation du St Esprit fondée en 1703 par Claude Poullart des Places. Cette fusion des 2 congrégations a été accueillie à Maurice avec une certaine déception par les missionnaires Thévaux et Thiersé qui depuis 1845 étaient venus rejoindre le Père Laval à Maurice pour l’aider dans sa mission. L’église de Sainte-Croix commence à être construite en 1851 pour devenir la maison des prêtres spiritains à Maurice.

    Juillet 1850 : Les règlements de la Congrégation du Saint Esprit arrivent à Maurice en 1850

    1851 : Père Collin, qui n’a que 33 ans fait des rapports sur le travail des missionnaires spiritains à Maurice qui, à partir de 1848, assurent aussi l’apostolat en dehors de Port-Louis. Il trouve que les 5 spiritains qui résident à Maurice sont médiocres comme religieux parce qu’ils ne tiennent pas suffisamment en ligne de compte la règle de la communauté. Il reproche au Père Laval d’avoir envoyé un prêtre spiritain, le Père Thévaux en mission à Rodrigues en 1850, alors que pendant son séjour, il a baptisé 145 adultes et a béni 53 mariages.

    Comment concilier vie apostolique avec observance des règles

    1852 : Père Libermann meurt en France le 2 février 1852. Il est succédé par Ignace Schwindenhammer qui demande aux Spiritains de privilégier la vie en communauté aux dépens de la mission, ils doivent donc être plus religieux que missionnaires. C’est quasiment un reproche. « On semble avoir pris à tache de traiter comme des espèces d’excommuniés les pauvres missionnaires de Maurice »déplore en 1852 le Père Baud, qui est venu rejoindre les quatre spiritains œuvrant dans le pays.

    De 1852 à 1859, Père Laval est nommé provincial de sa congrégation, mais il n’est pas considéré comme un bon supérieur. A partir de 1853 la façon dont le Père Laval a géré l’argent de la communauté spiritaine pose problème, il lui est reproché de n’avoir pas envoyé assez d’argent en France.

    Père Laval écrit en 1853

    au nouveau supérieur qui a remplacé Père Libermann

    «  Nous souhaitons, autant que vous, pouvoir mener la vie religieuse et être exacts à notre règle ; nous soupirons tous après une vie plus tranquille et serions prêts, si le salut des âmes n’était gravement compromis, à nous enfermer dans notre maison de Ste Croix, et là nous livrer à la méditation et un peu à l’étude, mais les malades et les pauvres âmes sont là qui réclament nos soins; cependant pour nous conformer à vos intentions, nous allons abandonner une partie de notre travail pour nous concentrer davantage et mener la vie de communauté… »

    La variole et le choléra déferlent sur le pays avec l’arrivée des immigrés asiatiques qui viennent travailler la canne à sucre à Maurice. Le nombre des décès est considérable.

    Les prêtres se retrouvent débordés de travail pour accompagner malades et mourants. Le Père Laval se retrouve responsable d’organiser toute cette mission en cette période de crise.

     

    Au Supérieur des Spiritains, le 16 juin 1854

    Le choléra de 1854 : quelque  6,000 victimes dont 3, 500 à Port Louis

     « Le choléra a fait de nombreuses victimes, il a envoyé beaucoup d’âmes au ciel, et fait multitude de conversions; c’est justice et miséricorde tout ensemble. Vos enfants ont été admirables de dévouement, et leurs œuvres sont glorifiées devant Dieu et devant les hommes…

    Le choléra est fini au Port-Louis, il a enlevé près de 2 000 personnes en un mois en ville seulement et banlieue; nous avons été surchargés de malades. A cette heure nous respirons, il n’y a plus que quelques cas de cholérine et encore très rares…

    Ce terrible choléra nous a amené beaucoup d’âmes, le monde s’est porté en foule à l’église : plus de 800 baptêmes d’adultes, à peu près 900 mariages… et près de 700 confessions de personnes approchant pour la première fois du tribunal de la pénitence. Nous évaluons le nombre de convertis avec les enfants à près de 4 000 personnes. Comment faire face à ce travail? Il faut de toute nécessité de nouveaux ouvriers, car si ces pauvres âmes de bonne volonté sont abandonnées, elles tomberont infailliblement… »

    23 juin 1855

    Au R.P. Schwindenhammer.

    J’aurais bien besoin d’un peu de repos pour ma pauvre âme. Mais que faire ?

    « Dans nos vieux jours et après 14 années de véritables travaux forcés, il nous faut travailler encore comme dans les premières années de notre ministère à Maurice. Cependant j’aurais bien besoin d’un peu de repos pour ma pauvre âme. Mais que faire? Faut-il laisser en friche le terrain que nous avons défriché et planté à la sueur de notre front; et là où il y a une belle et magnifique moisson, faut-il la laisser étouffer par les mauvaises herbes ? Non, non, il vaut mieux mourir à la peine que de voir le démon reprendre de pauvres âmes que nous avons eu tant de peine à lui arracher… »

    A son frère, M. Laval , le 20 juillet 1855

    Je suis bien consolé au milieu de ces pauvres gens

    « Je crois que le Bon Dieu m’a attaché jusqu’à la fin de mes jours à la terre de Maurice. J’ai là de nombreux parents, amis, ce sont de pauvres noirs qui nous appellent leurs pères et qui nous aiment comme des pères. Je suis bien consolé au milieu de ces pauvres gens, tous ont pour moi et pour mes chers confrères qui travaillent avec moi, une confiance sans bornes. Oh!  Que le pauvre missionnaire est heureux au milieu de ces pauvres enfants. Nous avons bien usé notre santé pour les tirer de la boue du péché, de la crapule et de toutes sortes de misères, mais vraiment nous en sommes bien récompensés à cette heure… »

     

    Joseph Michel  C. S. Sp : Le Père Jacques Laval  Le saint de l’Ile Maurice 1803-1864. Éditions Beauchesne 1976

    Joseph Lécuyer C. S. Sp : Jacques Laval  Extraits de sa correspondance  Éditions Beauchesne 1978

    Père Louis Verchère C.S. Sp  Vive Lumière sur les Iles : le Bienheureux Père Laval . 2003

    Maurice Rault « Les 177 ans du bienheureux Père Laval » 1981

    1. Père Laval de 1856-1864 : années de maladie

    Père Laval est harassé avec tout le travail effectué pendant l’épidémie de variole. Plusieurs lettres des premiers mois de 1856 décrivent la vie des missionnaires. La variole continue à Port-Louis. Le P. Laval lui-même est atteint d’une affection cutanée (la bourbouille), qui ne lui laisse «aucun repos ni jour ni nuit» En mars, le choléra réapparait : «Nous avons tous fait notre sacrifice à Notre Seigneur Jésus-Christ s’il lui plait de nous appeler à lui au milieu de cette épidémie.»

    Le conflit concernant la vie communautaire que veut sa congrégation religieuse s’opposant donc au travail des Pères spiritains dans les paroisses le fatigue aussi.

    Il accueille depuis 1855 la Conférence de St Vincent de Paul qui va venir aider les plus pauvres et établir des relations plus fraternelles entre les groupes sociaux du pays. Il aide les Sœurs de Charité du Bon et Perpétuel Secours, congrégation fondée à Maurice à ouvrir en 1856 leur premier véritable hôpital. Il demande à la Congrégation des Filles de Marie fondée à la Réunion de venir œuvrer à Maurice

    Port-Louis, 8 mai 1857 : « Une première attaque»

    « Le 2 mai, étant au confessionnal, j’ai été atteint d’un coup de sang qui m’a renversé par terre ; je me croyais rendu à ma dernière heure, mais le bon Dieu n’a pas voulu de moi. C’est un avertissement que les jours de mon pèlerinage sont prêts de finir et qu’il faut se préparer à  faire le grand voyage de l’éternité, fiat fiat.. »

    Le 16 mai 1858, il  a un nouvel accident de santé plus grave que les précédents

    En janvier 1859, le Pere Collin, provincial spiritain en visite écrit : « Le Père Laval est tout à fait usé et incapable de quoi que ce soit, si ce n’est de prier, de souffrir et représenter la religion à Maurice. » Il accepte la démission comme supérieur du Père Laval et donne cette charge au Père Thévaux.

    Port-Louis, 7 décembre 1859

    « Je traine une vie bien inutile par rapport au saint ministère, ne pouvant ni catéchiser, ni confesser, ni visiter les malades. Je passe mon temps à l’étude de l’Ecriture sainte et en lectures spirituelles, je sens que ce genre de vie fait grand bien à ma pauvre âme. »

    En 1860, 2 photos du Père Laval

     

    En janvier 1860, deux  jeunes photographes français prennent des photos. Sur un cliché, Père Laval est assis et tient un crucifix à la main. L’autre cliché le présente debout indiquant de sa main droite le crucifix. C’est la photo qu’il préfère : voilà l’attitude d’un missionnaire.

    En octobre 1860 Père Laval s’affaisse sur les dalles. Il réside dorénavant à la Cathédrale et a pour fonction d’être le gardien du parloir.

    A son frère et å sa sœur, le 4 mai 1861 :

    « Impossibilité de célébrer la Messe »

    «  Quant à moi, ma santé est bien affaiblie; il m’est impossible d’exercer le saint ministère. Je suis même depuis six mois privé de dire la sainte Messe. C’est le climat et vingt années de séjour dans ces pays chauds qui m’ont ainsi miné. Que la sainte volonté de Dieu soit faite, l’heure du départ, j’espère, n’est pas éloignée. »

    En 1862 sa santé s’améliore un peu. Au début de 1863, on demande au P. Laval d’écrire les souvenirs de sa vie, il éprouve une grande répugnance å ce travail, mis il le fait en minimisant le travail qu’il a effectué.

    En 1863 Mgr Collier quitte Maurice. Le nouvel évêque, Mgr. Hankisson débarque le 20 mai 1864 et prend officiellement charge de son diocèse. Il relève le Père Laval qui veut se mettre à genoux en lui disant : «  Mon bon Père Laval, levez-vous…que le Bon Dieu vous bénisse et vous garde encore longtemps au milieu de nous. Recevez non seulement ma bénédiction, mais celle du Souverain Pontife. Je suis chargé de vous la transmettre. »

     

    Le décès du Père Laval

    Voici le récit du décès du Père Laval raconté Bernard Bocage dans son livre: « Un saint de chez nous : Le Père Jacques Laval. »

    En pleine nuit du jeudi 8 septembre 1864 il eut une double attaque d’apoplexie et d’hémiplégie. Une fois remis dans son lit, il refuse qu’un père reste auprès de lui : “Allez vous reposer: le bon Dieu veillera sur moi, et la sainte Vierge aussi “.

    Pour le 8 septembre de la Nativité de Marie, il alla au bras du Père Thévaux faire son oraison devant le Saint Sacrement, mais il ne put tenir longtemps. Les crampes étaient pour lui un signal d’alarme et, à l’aide du sacristain, il regagna le parloir où il voulait dire tranquillement son bréviaire. …

    Des hommes de la Conférence Saint Vincent de Paul viennent le voir et il leur dit : “Continuez à vous occuper des pauvres, ce sont les anis de Jésus-Christ… Si j’ai un peu confiance au moment de paraître devant Dieu, c’est parce que j’ai aimé les pauvres…, parce que j’ai travaillé pour les pauvres “. C’est le thème sur lequel il revient sans cesse et il ajoute: “Les pauvres, ils m’attendent là-haut pour m’aider à entrer dans ciel ». Mais cela ne l’empêche pas de souffrir beaucoup : J’éprouve des douleurs indéfinissables!”

    Le Père Thévaux resta seul dans la chambre du malade pour lui lire : “Le docteur d’Arifat ne conserve plus d’espoir”. A cette confidence, il répondit par un Deo gratias qui le soulageait.

    Il se prépara à recevoir la communion, avec le surplis et l’étole, à genoux, en renouvelant le don de sa vie. Son visage était épanoui de joie.

    Après s’être fait laver les pieds, il reçut le sacrement des malades, répondant lui-même à toutes les prières. Cette matinée du 9 septembre commença par la visite de Monseigneur Hankinson auquel il demanda continuer son aide aux Pères du Saint Esprit. La chambre fut vite remplie d’amis émus et au bord des larmes.

    En cette fête de Saint Pierre Claver, l’apôtre des Noirs, le père Jacques Laval partait vers son éternité, à 13 heures 40, en toute sérénité.

    …. Du vendredi soir au dimanche matin, ce fut un défilé ininterrompu des diverses classes de la société et des différentes religions. Toute l’ile était en deuil et sentait qu’un grand ami venait de partir…

    L’enterrement

    Le dimanche à 11 heures, le clergé accompagnant l’évêque vint faire la levée du corps pour que le cercueil prenne place sur une estrade aux couleurs de deuil avec la liturgie simple de la messe des défunts. Un père jésuite, le père Etcheverry, était très impressionné de prendre la parole devant une telle foule, mais il sut bien souligner le double sens de ce dernier hommage au vénéré Père Laval : “Votre douleur est juste, mes Frères, nous savons ce que vous perdez. Il n’est plus ici-bas, le père de votre âme, le consolateur de vos peines, le soutien de votre faiblesse, l’ange gardien qui mène au ciel… Vous avez raison de pleurer : vous avez perdu votre meilleur ami. »

    “Et cependant cette cérémonie de deuil ressemble aussi à un triomphe. Il y a dans cette émouvante manifestation autre chose que de la douleur. On sent que si les cœurs sont brisés par la peine, les âmes sont transportées par la ravissante certitude que celui qui est regretté sur la terre est déjà heureux dans l’éternité… On dirait, mes Frères, que vous venez accompagner cette âme dans son ascension vers le ciel et qu’en pleurant le bon Père Laval, vous célébrez la fête du bon Père Laval “.

    Quand l’évêque eut fait l’absoute, la procession mit beaucoup de temps à se frayer un chemin à travers la foule et il fallut deux heures pour que le cercueil du bon Père puisse reposer dans l’église Sainte-Croix. Jamais on ne vit une telle assemblée pour rendre hommage à un grand de ce monde, et celui qui était arrivé å Port-Louis incognito, avait quarante mille noirs pour l’escorter jusqu’å sa dernière demeure, après vingt-trois ans de mission. »

    Comme le dit si bien Maurice Rault «  Venu pour être le père des pauvres à Maurice, Père Laval a élargi sa vocation pour devenir le père de tous les Mauriciens. »

    Bernard Bocage : Un saint de chez nous : Le Père Jacques Laval  1989 p 107-108.

    Joseph Michel  C. S. Sp :  Le Pere Jacques Laval  Le saint de l’Ile Maurice 1803-1864. Éditions Beauchesne 1976

    Joseph Lécuyer C. S. Sp : Jacques Laval  Extraits de sa correspondance  Éditions Beauchesne 1978

     

     

    1. Père Laval et la Vierge Marie

    « Que j’aille faire bénir, dans cette ile, le saint nom de Marie,

    ma très digne et bonne Mère »

    Ses références à Marie dans son courrier

    La Vierge Marie est déjà très présente dans la vie de Jacques Laval quand il est en train de changer de vie en 1834/1835 et de s’interroger entre la médecine et la prêtrise. Joseph Michel dans son livre le précise dans les termes suivants : «  le soir de retour de tournée, il allait à l’église et y restait longtemps pour faire oraison. Apres le diner, il venait chez Mme Simon, une paroissienne ; on fermait les rideaux et, à genoux, on récitait le chapelet… au début de mai, il prit l’initiative de l’exercice du Mois de Marie ; à cinq heures du matin, pour une dizaine de personnes réunies devant la statue de la Vierge, il faisait une lecture qui était suivie de la récitation d’une dizaine de chapelet. »

     

    14 aout 1835 : Jacques Laval vient de quitter sa profession de médecin

    Invoquer l’assistance de notre bonne Mère, de Marie, refuge des pécheurs.»

    La plus grande partie de son courrier entre le moment où il quitte la médecine pour se destiner à la prêtrise est adressée au M. (Père) Letard, curé d’Epieds, qui l’a accompagné dans son changement de vie en vue de devenir un chrétien fervent. Jusqu’à son départ pour Maurice en 1841, c’est à lui qu’il se confie. Voici quelques-unes de ses références à Marie dans son courrier :

    … « Mon changement de vie m’a paru un peu brusque, et parfois j’ai jeté en arrière quelque regard, et me suis senti chancelant en pensant au chemin qu’il me restait à faire ; mais, invoquant l’assistance de notre bonne Mère, de Marie, refuge des pécheurs, j’ai repris ma route à petits pas ; ces regrets vont en diminuant, et je commence à ressentir un certain avant-goût de ce bonheur que Dieu promet à ceux qui le servent fidèlement. C’est dans la religion seule que l’on peut goûter le véritable bonheur; celui que le monde vous promet n’est que mensonge et illusion. Hélas … combien je dois, moi surtout, bénir la divine Providence ! De combien de bienfaits ne m’a-t-elle pas comblé en me retirant de ce monde et en me plaçant dans cette sainte maison ! Il faut vous dire que j’ai mon habitation dans une chapelle consacrée à la Très Sainte Vierge; à deux pas de moi réside le Très Saint Sacrement. Cette chapelle se nomme Notre-Dame de Lorette. Je suis bien indigne de résider sous ce toit… »

    le 28 novembre 1835, du Séminaire St-Sulpice, il écrit à M. Letard

    « J’espère avec la grâce du bon Dieu et de sa très sainte mère arriver à mon but. »’

    “Nous sommes entrés au séminaire le dix d’octobre, où nous avons commencé une bonne retraite de huit jours ; puis les classes de théologie …je me traine, à pas de tortue; et j’espère avec la grâce du bon Dieu et de sa très sainte mère arriver à mon but. Quant à la tonsure que j’aurais pu recevoir à Noël, mon directeur a trouvé fort à propos de différer jusqu’à la sainte Trinité, afin de recevoir ce saint ordre avec plus de réflexion et de connaissance.

    Quant aux obstacles pour ma vocation, tous les périls ne sont pas encore éloignés, mais je me mets entre les bras de Dieu, et je ne demande que sa sainte volonté…

    8 décembre 1836

     « Bénie soit la sainte et immaculée conception de la bienheureuse vierge Marie ! et je vous apprendrai que je suis sur le point  de commencer une retraite pour recevoir les ordres mineurs. »

    Ordonné prêtre le 22 décembre 1838, Père Laval, nommé curé de Pinterville

    Sa première expérience pastorale et sa confiance en Marie

    « Ma première communion s’est faite dimanche dernier 17; j’avais 21 enfants; aidez-moi, je vous en prie, mon très cher ami en Notre-Seigneur Jésus-Christ, à demander à notre Sauveur et Maitre, qu’il y en ait au moins quelques-uns qui persévèrent; engagez aussi vos bonnes âmes à prier et pour le pauvre et misérable pasteur, et pour ses chers petits agneaux…. Mettez-nous sous la protection de la très Sainte Vierge; unissons-nous aujourd’hui, fête de sa présentation au temple, à cette divine enfant, pour dire avec elle à notre Dieu : le Seigneur est la part de mon héritage et de ma coupe  (Ps 15,5) ; et demandez surtout pour moi demandez par l’intercession de cette Vierge fidèle que je n’aie pas le malheur de manquer à mes promesses cléricales… »

    25 mars 1840, en invitant  son ami Mr Letard à lui rendre vite à Pinterville

    Prier sans cesse Notre Seigneur Jésus-Christ et sa très sainte Mère

    « Sitôt que le carême sera fini, venez s’il vous plait passer une petite semaine avec moi, vous me ferez grand plaisir; on a besoin de consolation dans le ministère, on a besoin de s’encourager et de se soutenir les uns les autres.   Je remercie avec vous Notre Seigneur Jésus-Christ et sa très sainte Mère de ce qu’il a conduit à bien les affaires de votre paroisse. Voilà comment se renouvelle une paroisse, c’est avec le temps et de la patience, et surtout en priant sans cesse Notre Seigneur Jésus-Christ et sa très sainte Mère, c’est en faisant prier ces pauvres petits enfants dont les prières sont si agréables au bon maitre qui voulait qu’on laissât approcher de lui les enfants, qui les embrassait si tendrement; quel malheur que ces pauvres enfants aient sous les yeux de si mauvais et de si pernicieux exemples… car sans cela on en ferait tout ce qu’on voudrait… mais ce sont les exemples des pères et mères qui perdent tout… »

     

    De Londres, le 25 mai 1841

    A M. Galais, directeur du Séminaire de St-Sulpice où il a été préparé à la prêtrise en attendant son départ pour l’Ile Maurice

    C’est elle qui m’a choisi, parmi tant d’autres, qui en sont des milliers de fois plus dignes que moi, pour me conduire par-delà les mers au service de ses pauvres. »

    « Je demande : à Notre-Seigneur qu’il m’envoie, au grand jour de la Pentecôte, son Saint-Esprit, afin que, moi aussi, tout pauvre et tout chétif que je suis, je porte son saint nom par-delà les mers, et que j’aille prêcher mon Jésus à ses chers et très chers noirs, que j’aille aussi faire bénir, dans cette ile, le saint nom de Marie, ma très digne et bonne Mère. Car, comment reconnaitre tout ce qu’elle a fait pour moi, cette Mère de miséricorde ?… C’est elle qui m’a choisi, parmi tant d’autres, qui en sont des milliers de fois plus dignes que moi, pour me conduire par-delà les mers au service de ses pauvres. »

    En 1844 à Mr Libermann :

    « J’espère que Marie aura pitié de son pauvre missionnaire »

    « Le dimanche, voilà ce que je fais. A 7 heures, je vais aux prisons, faire la prière aux femmes et aux hommes et quelques mots d’instruction je reviens à 8 h. 1/2; je dis mon office, puis, après la grand’messe, je me mets à confesser mes Noirs de l’habitation ; à midi, la sainte messe, à laquelle assistent à peu près cinq à six cents Noirs, instruction de une heure, quelques fois trois quarts d’heure; la messe finie, récitation de quelques dizaines de chapelet, petite instruction pour les gens de l’habitation : ça finit vers trois heures. Je vais prendre un peu de nourriture, visite aux prisonniers pour la prière; à 5 heures, la fin de vêpres, confessionnal jusqu’à 7 heures, récitation du chapelet et prière du soir pour les Noirs qui n’ont pu assister à vêpres.

    Voilà, Monsieur le Supérieur, mon genre de vie depuis trois ans; quelquefois un peu fatigué, mais allant cependant toujours clopin-clopant.

    J’espère que Marie aura pitié de son pauvre missionnaire et que bientôt elle lui enverra un ou deux confrères. – Si nous avions trois missionnaires å. Maurice, nous pourrions faire quelque bien; un seul, c’est trop fatiguant et

    Je vous le dis comme à mon bon Père, Marie notre bonne Mère, c’est elle qui me soutient et qui me console dans toutes mes peines, mes découragements, quelquefois mes ennuis et mes dégoûts.

    Priez, mon cher Père, faites prier nos bons frères, pour que je ne déshonore pas le saint titre de missionnaire du Saint et Immaculé Cœur de Marie. Ah ! Mille fois plutôt mourir!

    En 1845, à Petite Riviere

    Père Laval dédie sa première chapelle à Marie

    Les petites chapelles que le P. Laval instaure dès 1844 sont une méthode missionnaire inédite; il fonde dans toute l’ile de petites chapelles, où des laïcs, hommes ou femmes, réunissent les Noirs, pour la prière et le catéchisme, formant ainsi de véritables communautés évangélisatrices.

    La première des petites chapelles, aménagée dans une boulangerie, que le Père Laval a fondé en 1845 se trouve à Petite Rivière. Une statue de la Vierge a été le lieu de ralliement de la petite communauté. Cette grotte est devenue par la suite, l’Église du Saint Cœur Immaculé de Marie, la première des chapelles construites par le Père Laval a donc été dédiée à Marie.

    Père Laval à Sainte-Croix :

    «  En mai, le mois de Marie attirait une église remplie

    Le Père Laval consacra ses premières sorties hors de la région de la Cathédrale là où habitaient les Noirs, dans la région de la Vallée des Prêtres. Ces habitants n’ont connu de 1841 à 1847 que le Père Laval comme pasteur. Il arrivait à dos d’âne et regroupait les travailleurs des plantations de l’endroit pour leur faire le catéchisme. Parmi eux sont se retrouvaient les premiers auxiliaires laïcs, hommes et femmes, qui se sont révélés, par la suite, d’excellents animateurs de quartiers. En 1848, Zamor Bongoût, un restaurateur de Port-Louis, originaire de Pondichéry, vint proposer à Père Laval de construire une chapelle sur un terrain qu’il possédait. Mgr. Collier vint en personne en 1848 bénir cette chapelle qui devint ultérieurement la paroisse de Sainte-Croix.

    Amédée Nagapen,  ans son livre: « Sainte-Croix La paroisse du Père Laval 1881 – 1981 » donne les détails suivants : «  En mai, le mois de Marie attirait une église remplie. Une fois la semaine un religieux y prêchait. Pour le Père Laval, comme pour ses compagnons missionnaires, après Jésus, Sauveur des hommes, c’était la Vierge Marie qui était le sujet de ses prédications : efficacité de la dévotion à la Mère de Dieu, douleurs de la Sainte Vierge, Saint Cœur de Marie, méditation du chapelet en chaire.

    … Pour le « vieux monde » (le troisième âge), le Père Laval avait mis sur pied l’Association du Rosaire, une des plus belle œuvres parmi les noirs des îles. Elle regroupait quelque 2 000 associés à travers les diverses régions de l’ile, et qui récitaient le chapelet presque tous les jours. Sainte-Croix devint vite le centre diocésain de cette association.

    …. En 1860, le 29 janvier le Père Laval vint inaugurer le nouveau chœur de l’église et c’est au cours de cette cérémonie, qu’il exprima le vœu d’être enterré au pied de la croix, près de cette église. »

    … La chapelle de la Vierge de l’Eglise de Sainte-Croix qui offrait un coup d’œil magnifique fut inaugurée le 25 mars 1863, fête de l’Annonciation. »

    14 janvier 1852

    Au P. Libermann qui meurt le 2 février 1852

    Je vous prie de ne pas abandonner cette belle mission, la première de la maison. J’ai grande espérance que le bon Dieu et la Sainte Vierge auront pitié de nous et qu’ils nous enverront du monde, nous en avons grand besoin. Dans quelques mois notre maison de Sainte-Croix sera finie; on pourra s’y loger grandement à six ou huit missionnaires et mener la vie de communauté plus régulièrement.

    6 juillet 1853

    Au nouveau Supérieur Général, le Père Schwindenhammer

    C’est sur le bon Dieu tout seul et sur la protection de la Sainte Vierge que nous nous appuyons

    Notre position à Maurice est toujours la même. C’est sur le bon Dieu tout seul et sur la protection de la Sainte Vierge que nous nous appuyons, et jusqu’ici le fondement ne nous a pas encore manqué sous les pieds…

    La paix, l’union par la grâce du bon Dieu et de la Sainte Vierge règnent dans notre petite communauté, il y a parmi les quatre membres beaucoup d’intelligence: le bon Dieu est au milieu de nous…

    1853  Au Père Blanpin

    Le bon Dieu et de la Sainte Vierge, voilà notre appui et notre espérance

    … Quant à nous et à notre position à Maurice, je crois que le bon Dieu veut nous y fixer. Le bon Dieu et de la Sainte Vierge, voilà notre appui et notre espérance…

    1854 Au Supérieur Général

    Le choléra se déclare; il faut organiser l’aide aux malades et aux mourants

    … J’espère que le bon Maitre et sa sainte Mère nous soutiendront au milieu de ce travail plus qu’humain

    1855 : première procession en l’honneur de Marie Immaculée à Port-Louis

    En 1854, l’Église universelle proclame le dogme de l’Immaculée Conception, une reconnaissance officielle que la Vierge Marie n’a jamais contracté le péché originel. C’est en 1858 à Lourdes que Marie apparaît à Bernadette pour lui révéler son nom : «  je suis l’Immaculée Conception.»

    Notons toutefois qu’à l’Ile Maurice, c’est depuis 1855 que commencent les processions organisées en mai après la grande épidémie de choléra.  Père Laval raconte lui-même ces processions : “Nous avons fait la semaine dernière de belles et magnifiques processions en l’honneur de Marie Immaculée à travers les rues de Port-Louis ; c’est la première fois que la statue de la Ste Vierge s’est promenée en triomphe dans ce pays… Les processions continuent dans les quartiers, et renouvellent partout la confiance et la dévotion envers la Mère de Dieu, c’est là ce qui sauvera ce pauvre pays” Un mois plus tard, il charge Beaud et Lestrat de relater “les processions magnifiques de l’Immaculée Conception et du Saint-Sacrement”, et regrette qu’il n’ait pas le don de poésie pour les décrire, afin “d’édifier les novices et faire germer des vocations pour cette belle mission”.( Maurice Rault : Les 177 ans du bienheureux Père Laval)

    A propos de la retraite prêchée par le Père Blanpin, 8 mai 1857

    C’est le bon P. Blanpin qui a eu la charité de nous donner les sujets d’oraison trois fois par jour.  Sa parole douce et onctueuse a fait grand bien à nos âmes fatiguées; et j’ai grande confiance que Notre Seigneur et la Très-Sainte Vierge ont versé abondamment leurs saintes bénédictions dans nos pauvres cœurs. Le P. Blanpin nous a parlé des vertus religieuses et apostoliques renfermées dans le très-saint et immaculé cœur de notre bonne et sainte Mère. Nous disions tous comme St-Pierre sur le Thabor: «Seigneur, qu’il fait bon ici, bâtissons ici nos tentes ». Mais malheureusement les pauvres âmes abandonnées nous rappellent à remplir le saint ministère…Voilà au fond toute notre vie; ce n’est pas une vie très intérieure à la vérité, mais c’est une vie employée tout entière au service des pauvres âmes abandonnées…

    11 juin 1857 au Père Colin à Paris :

     Que Jésus-Christ et sa sainte Mère me fassent miséricorde

    Hier j’ai eu un étourdissement qui m’a renversé au confessionnal… Priez pour moi mon cher Pere, pour que Jésus-Christ et sa sainte Mère me fassent miséricorde et me donnent une bonne mort, car je sens que le moment approche.

    2 décembre 1857 au Père Blanpin à Poudre d’Or

    Épancher votre cœur aux pieds de la très Ste-Vierge

    …« Gardez-vous de la mélancolie et de la tristesse de I ‘âme; vous avez tout près de vous Notre-Seigneur, allez de temps en temps épancher votre cœur à ses pieds; c’est là le grand consolateur – et puis la très Ste-Vierge, et puis Ste-Philomène, et puis votre jolie église, voilà de quoi dissiper l’ennui et la tristesse de la solitude… Que Notre-Seigneur et la très sainte Vierge vous consolent et fortifient votre âme dans votre solitude.

    6 septembre 1859 Au T.R.P. Schwindenhammer :

     Père Laval n’est plus provincial

    … « Me voilà donc rendu par l’infinie miséricorde de Notre Seigneur et la divine bonté du très saint Cœur de Marie à la place de simple missionnaire et religieux. Je vais, ouvrier de la onzième heure, m’efforcer de réparer toutes les fautes de ma trop longue supériorité par une vie toute d’obéissance à nos saintes règles et constitutions. Heureux et bienheureux… qui les observera fidèlement. »

    8 mars 1860 au R.P. Le Vavasseur

    « Soyons unis dans les très sacrés Cœurs de Jésus et de Marie »

    … « Ce serait une grande consolation pour moi de pouvoir vous revoir avant de fermer les yeux; mais si n’est pas la volonté de notre bon Dieu, du moins soyons  unis dans les très sacrés Cœurs de Jésus et de Marie.  Je sens qu’il faudra bientôt plier sa tente…L’Écriture sainte et les exercices de piété sont mon refuge et ma consolation, l’exercice du saint ministère m’étant devenu presqu’impossible.»

    5 septembre 1864 : la dernière lettre du Père Laval

    Ses adieux à sa sœur qui vient de perdre sa fille

    Qu’emporterons-nous de cette terre, rien, sinon les œuvres que nous aurons faites pour le Bon Dieu. Que le Seigneur Jésus, sa très sainte Mère vous consolent, très chère sœur, eux seuls sont notre consolation sur la terre et dans l’éternité. Ah ! Puissions-nous jouir promptement de la claire vue de Jésus et de Marie. J’ai grande hâte de voir la fin des misères de la vie. Je ne crois pas que la fin soit bien éloignée, car je me vois mourir à petit feu.

    Mes respects, mes amitiés à votre mari, ainsi qu’à tous mes parents.

    O revoir, chère sœur, dans l’éternité bienheureuse. »

    Le 9 septembre 1864, soit quelques jours après avoir écrit cette lettre, Père Laval mourrait pour être enterré le dimanche 11 septembre, accompagné par un cortège de plus de 40,000 personnes.

    Extrait du catéchisme rédigé par le Père Laval pour la Mission des Noirs

    Père Laval raconte MARIE AU PIED DE LA CROIX

    “Aujourd’hui, mes enfants, dernier jour du mois de Marie, la Mère de Jésus appelle tous ses fidèles serviteurs au Calvaire, et pour quoi faire? – Pour leur dire sa dernière croix, oui la croix qu’elle a trouvée sur le calvaire.

    “C’est du haut de la montagne que Marie nous adresse ces douloureuses paroles : 0 vous tous qui passez par le chemin de la, croix, venez et voyez s’il y a une douleur pareille à la mienne. » Oui, sur le calvaire, mon âme a été triste jusqu’à la mort. J’ai cherché quelques bonnes âmes pour compatir à ma douleur, et je n’en ai pas trouvé : je n’ai trouvé personne pour me donner quelque consolation. 0 fidèles serviteurs, vous, du moins, ne m’abandonnez pas, ne payez pas d’indifférence et d’ingratitude une mère qui a tant souffert pour vous : heureux les enfants de Dieu qui se tiendront près de moi au pied de la croix de mon Jésus. Un jour, après avoir pleuré avec moi, ils se réjouiront avec moi, car je leur donnerai une place dans le Royaume de mon Fils “.

    “Allons donc, chers enfants, allons en esprit sur la sainte montagne, plaçons-nous près de la croix, et écoutons avec respect et compassion les dernières douleurs de notre Mère “…

    “Et Marie était là, regardant cet affreux partage… Jésus dépouillé de ses habits, est étendu sur la croix. Un bourreau saisit sa main gauche, l’applique au bras gauche de la croix, ajuste un clou, et, à grands coups de marteau, l’enfonce de part en part: un second bourreau saisit la main droite, l’ajuste sur le bras droit de la croix; mais elle se trouve trop courte, la douleur ayant fait contracter les muscles. On attache une corde au poignet et trois bourreaux se mettent à tirer de toutes leurs forces.

    Enfin, la main arrive au trou, le bourreau la perce d’un second clou, qu’il enfonce à grands coups de marteau. Il fallut en faire de même pour les pieds, les tirer avec violence avec des cordes. Et Marie était là, ses yeux voyaient le sang jaillir avec abondance de ses pieds et de ses mains, et ses oreilles entendaient ces grands coups de marteau qui clouaient son Fils à la croix. Quel spectacle pour une mère que cette exécution! En même temps, huit autres bourreaux crucifiaient les deux voleurs, compagnons de Jésus.

    O vous tous qui passez par le chemin de la vie, venez sur le calvaire et voyez si jamais mère a été affligée comme la Mère de Jésus.

    Jésus est suspendu à la croix: Marie était à ses pieds, regardant de temps en temps son Jésus, et ces regards sur son Fils étaient autant de glaives qui transperçaient son cœur.

    Cependant, les ennemis de Jésus n’étaient pas encore satisfaits de son supplice. Aux tourments affreux de la croix, ils ajoutaient l’insulte, l’outrage, le blasphème, la dérision la plus amère.

    Ils disaient donc, ces malheureux, en s’adressant à Jésus dans les affreux tourments de la croix : Toi qui t’es vanté de détruire le temple de Dieu, et qui t’es fait fort de le rebâtir en trois jours, fais un miracle plus facile, sauve-toi toi-même. Si tu es le Fils de Dieu, comme tu nous l’as dit si souvent, descends de ta croix, et nous croirons en toi. Il a mis sa confiance en Dieu; si Dieu l’aime, qu’il le délivre de son supplice, car il a dit : “Je suis le Fils de Dieu“.

    Pendant trois heures entières, Marie, Mère de Jésus, entendit ces horribles blasphèmes; ses oreilles lui tintaient de ces cris abominables; cependant, elle ne quittait pas la croix de son Fils elle voulait partager son martyr jusqu’à la fin.

    Après trois heures d’affreuses souffrances, épuisé de sang, n’ayant plus qu’un souffle de vie, pressé d’une soif ardente, Jésus s’écrie “Sitio! J’ai soif!” Il demande un peu d’eau pour tout soulagement. Un des soldats prend une éponge et l’attache å un long bâton; puis, la plongeant dans le vinaigre, il la présente à Jésus.

    Jésus abandonné de tout le monde, pousse un second cri qui va percer le cœur de Marie: son Fils se plaint d’être abandonné même de son Père; dans cette heure dernière : il meurt sans recevoir aucune consolation ni de la terre ni du ciel : “Mon Père, mon Père, s’écrie Jésus, pourquoi m’avez-vous abandonné? »

    A ce cri d’abandonnement, Marie regarde son Jésus, elle entend ses dernières paroles, elle est témoin de son dernier soupir. Jésus donc, voyant que tout est accompli, s’écrie : “Mon Père, je remets mon âme entre vos mains “. Puis, baissant la tête, il expire.

    O vous tous qui passez par le chemin de la vie, venez et voyez si jamais Mère a été aussi affligée que moi “.

    Texte extrait du livre de Bernard Bocage : Un saint de chez nous : Le Père Jacques Laval  1989 p 107-108.

    Les textes présentés sont extraits des livres suivants :

    Jacques Laval  Extraits de sa correspondance choisis et présentés par Joseph Lécuyer . Éditions Beauchesne 1978

    Joseph Michel  C. S. Sp : Le Père Jacques Laval  Le saint de l’Ile Maurice 1803-1864. Éditions Beauchesne 1976.

    Amédée Nagapen : Sainte-Croix La paroisse du Père Laval 1881 – 1981      Diocese de Port-Louis

    09/09/2014 Monique DINAN