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    Les pronostics se multiplient à la veille du budget 2015-16. L’on entend les refrains habituels sur la situation dans laquelle se trouvent le ministre des Finances et son équipe : ils  seraient sur la corde raide, ils n’auraient pas de marge de manœuvre, ils se proposeraient de taxer davantage les riches et les banques, et tutti quanti. Car, se dit-on, comment feront-t-ils pour absorber l’ardoise additionnelle de 4,7 milliards de roupies que coûtent la pension universelle de 5 000 roupies par mois accordée aux personnes âgées, et l’augmentation de 600 roupies aux salariés touchant moins de dix mille par mois ?Notons, ici, que le ministre n’a pas précisé si ce montant de 4,7 milliards est sur une base annuelle, ou si c’est le coût total pour la période de 18 mois(janvier 2015-juin 2016) que doit couvrir le budget 2015-16.
    Il est certes pris pour acquis que le ministre, agissant de manière responsable, ne haussera pas le déficit budgétaire (12,5 milliards en 2014, soit 3,2% du Produit Intérieur Brut-PIB),  ce qui augmenterait la dette publique, dont le taux actuel de plus de 55% du PIB doit être ramené à 50% d’ici à quelques années.
    Le ministre s’attellera-t-il à réduire les dépenses ? En 2014, les dépenses budgétaires ont atteint 92,2 milliards, décomposées comme suit : ( voir Tableau 1 ci-dessus)
    Au regard de ce tableau, les possibilités de réduction de dépenses sont minimes: en effet,  qui oserait s’attaquer aux subventions et transferts sociaux, alors que les inégalités s’accroissent, qui réduirait les dépenses de développement, alors que le besoin d’infrastructures est toujours grand ?
    Or, ces deux postes de dépenses, ainsi que celui – quasiment incompressible – du service de la dette et celui de la rémunération des fonctionnaires, ont constitué 89,7 % du budget en 2014.
    Il ne reste donc que les autres dépenses courantes, constituées de tout ce qui est nécessaire pour faire tourner la machine gouvernementale, hors les salaires. Est-ce à ce poste que s’attaquera le ministre dans la lutte contre le gaspillage, telle que promise par le nouveau gouvernement ?
    Et s’il le fait, combien peut-il espérer économiser ?  S’il arrive à réduire ce poste de dépenses de 10 pour cent, soit un milliard de roupies, ce serait déjà une belle réussite. A moins que le gaspillage ne soit à un niveau inimaginable ! Si les coupes de dépenses ne sont pas aussi prometteuses  qu’on l’eut espéré, le ministre se tournera-t-il vers les taxes et les redevances ?
    Du côté des taxes, il faut éliminer une hausse de la TVA, parce que le ministre lui-même a déjà annoncé sa judicieuse décision de ne pas en modifier le taux. Malgré sa déclaration antérieure à l’effet que ce serait un « no tax » budget, comme il avait l’habitude de le proclamer dans les années 80, peut-être envisagerait-il d’augmenter les recettes de l’impôt sur les revenus? Par exemple, pour engranger deux milliards de roupies de plus qu’en 2014, il lui faudrait, en moyenne, hausser les taux d’imposition de 10% et enlever certains abattements. Tout cela paraît peu plausible à un moment où le gouvernement proclame la nécessité pour tous de se mettre au travail pour dynamiser la croissance. On ne peut, en même temps,  encourager l’effort et ensuite soumettre à une pression fiscale accrue les bénéfices qui en découlent. Ce qu’offre la main droite ne peut être repris par la main gauche.
    Nous avons déjà évoqué le fait que le budget 2015-2016 couvrira une période de 18 mois, s’étendant de janvier 2015 à juin 2016. S’il suit un modèle semblable à celui du budget 2014, il avoisinera, en termes de dépenses, quelque 140 milliards, au lieu d’un peu moins de 100 milliards comme ce fut le cas durant la précédente année financière. Il en sera de même pour les revenus qui pourraient passer d’environ 80 milliards à 120 milliards. Le déficit de quelque 20 milliards (sauf changements importants dans la politique fiscale et la maîtrise du gaspillage) devra être exprimé en fonction du PIB de 18 mois.
    Si ni des coupes de dépenses ni des hausses de revenus,  ne peuvent apporter des solutions significatives à la gestion du déficit budgétaire, vers quoi faut-il se tourner ?
    En se basant sur de récentes déclarations du ministre des Finances, il y a lieu de penser que c’est sur la croissance économique qu’il mise. Un taux de croissance de 5,7% du PIB est prévu en 2016. Une vraie gageure en regard de la moyenne des trois dernières années, soit 3,2% par an.
    Quelle est la marge de manœuvre que peut offrir ce taux de croissance accru à la  maîtrise du déficit budgétaire ?
    Un calcul hypothétique nous aidera à y voir plus clair.
    — En 2014, le PIB a atteint 387,3 milliards de roupies.
    A ce jour, on ne connaît pas encore l’estimation officielle pour 2015. Compte tenu du nouvel environnement politique et gouvernemental, supposons que la croissance en 2015 passera, en terme réel, de 3,2% à 3,8%, soit une amélioration de 20%. Ceci porterait le PIB à 418 milliards, en terme nominal, c’est- à -dire après l’incorporation d’une inflation annuelle de 4% en 2015 (selon une estimation personnelle).
    — Pour le premier semestre de 2016, si la croissance annuelle désirée de 5,7% se réalise à un rythme mensuel égal, et moyennant un taux d’inflation maîtrisé à 5% l’an, le PIB pourrait atteindre 440 milliards.
    — Le PIB pour l’exercice financier 2015-16, d’une durée exceptionnelle de 18 mois,  peut donc être estimé à 638 milliards (418+440/2)
    — Ainsi, le déficit budgétaire de l’exercice 2015-16  pourrait s’élever à environ 20 milliards, tout en étant maintenu au présent taux de 3,2%.  Comme le déficit budgétaire s’est élevé à 12,5 milliards en 2014, la marge de manœuvre du ministre est donc, à ce titre, de l’ordre de 7,5 milliards, mais il faut se rappeler que la période concernée est égale à 18 mois, pour les dépenses budgétaires comme pour les revenus fiscaux.
    Se contentera-t-il de cette marge de manœuvre ou bien voudra-t-il faire davantage en termes de transferts sociaux ou de réforme fiscale ? Le budget contiendra-t-il des incitations visant à aider au rehaussement significatif du taux de croissance ?
    Autant de réponses qu’on espère obtenir lorsque seront dévoilées les propositions budgétaires. Une attention toute particulière sera portée sur les moyens à mettre en œuvre pour réaliser un bond de la croissance de 3,2% à 5,7% en dix-huit mois. C’est certes la question la plus difficile du quiz.

    22/03/2015 Pierre DINAN