• La magie d’une croissance en hausse

    C’est un acte de foi en l’avenir que le ministre de Finances a proposé  hier aux Mauriciens lors de son discours sur le budget 2015/16. Inspiré par les cieux qui lui auraient, semble-t-il parler  à  travers les voix exprimées par le peuple le 11 décembre 2014, le ministre nous a confié  sa vision de Maurice comme «  un vaste chantier  de développement »« : 13 méga projets, constitués de 8 «  smart cities »  à  travers le pays et de 5 « technopoles ». Pour que ces projets se réalisent, il faudra :

    • Des investisseurs: le programme des investissements des secteurs public prévoit un montant de 37, 5 milliards, mais les dépenses en capital soumises à  l’approbation de l’Assemblée Nationale se chiffrent a 17,4 milliards. D’ou proviendra la différence de 20,1 milliards ? Du secteur privé  local, de l’investissement direct étranger ? Pas d’indication dans le discours, mais une référence, dans une annexe, au partenariat public/privé. Une idée souvent proposée, souvent écartée.
    • Des managerset des ouvriers : le ministre prévoit une formation appropriée pour les jeunes et les gradués chômeurs. Louable initiative. C’est dans ce même ordre d’idées que sont prévues des incitations fiscales pour des Mauriciens qui ont fait carrière à l’étranger et qui désirent revenir.. Il y a longtemps qu’on attendait une telle mesure.

    Projet Phare

    Dans le domaine du social, le projet  phare proposé par le ministre est celui du parrainage de 38 poches de pauvreté (toutes à l’Ile Maurice, malheureusement aucune à  Rodrigues) par des entreprises. Cette privatisation du social permettra au secteur des affaires d’appliquer des méthodes approuvées de management dans la résolution des problèmes de pauvreté. Toutefois , l’Etat se doit, pour sa part, de donner une formation  adéquate à ses officiers pour qu’ils puissent apporter un concours positif et efficace au projet phare.

    Libéralisation du CSR( Corporate Social Responsibility)

    Par ailleurs, compagnies et organisations non gouvernementales devraient, dans l’ensemble, accueillir favorablement la libéralisation du CSR. Toutefois, pour que ce champ,  laissé tout-à- fait libre, soit vraiment au bénéfice des ONG qui  méritent de l’aide, le gouvernement devait moderniser le texte de loi qui régit les associations. La bonne gouvernance l’exige.

    Quelques silences sont à signaler

    • Les problèmes démographiquesliés à la diminution des naissances : puisque le ministre veut assurer au pays un développement durable à long terme ; il devrait s ‘être penché sur ce problème de nature stratégique. Autrement, la croissance souhaitée  aura besoin d’un apport conséquent d’immigrants, avec les risques que cela comporte pour la paix sociale.
    • Le soutien à l’épargne: c’est bien dommage que les lois de la fiscalité découragent ceux qui s’achètent des pensions de retraite, puisque les primes payées ne bénéficient d’aucun abattement, tandis que les pensions sont imposables.
    • Le salaire minimum vital: celui-ci a été une de promesses de l’Alliance Lepep. C’est un attrait certain pour les salariés et un point d’interrogation pour les entreprises. Le ministre aurait pu  avoir annoncé la constitution d’un comité tripartite pour se pencher sur cette question sensible et délicate.
    • La productivitédéficiente des facteurs de production n’a fait l’objet d’aucun commentaire.

    Quelques idées originales parsèment le discours :

    • La mise en service d’un ferry pour rejoindre Baie du Tombeau et Pointe-aux-Sables ;
    • Faire du port de Port-Louis une plaque tournante pour la région.
    • Création d’un Fonds Souverain à partir de recettes de l’ Etat Toutefois le ministre n’a pas dit  quelle est l’entreprise d’Etat qui sera en premier offerte au public.
    • Un prix garanti pour des produits agricoles rodriguais ;
    • Un délai maximum de 30 jours pour que l’Independent Review Panel se prononce lorsqu’une décision du Public Procurement Boardest contestée par un soumissionnaire malheureux ;
    • La gratuité de l’eau potable à hauteur de 6m3. A quand une hausse substantielle pour les consommateurs au-delà de ce plafond , moyennant une fourniture d’eau ininterrompue? C’est à ce titre que sera combattu le gaspillage.

    En marge de ce rapide tour d’horizon, trois remarques anecdotiques :

    • Les Chief Executive Officers(CEO’s) des entreprises gouvernementales seront recrutés «  on a transparent basis », mais ce sera « as far as possible » (voir para 236 du discours). Comprenne qui pourra.
    • La pièce de 1 sou sera démonétisée. L’inflation est passée par là .
    • Le contenu d’alcool dans le vieux rhum devra passer à 55 degrès (au lieu de 50) afin de se conformer au standard international. A votre santé!

    Un budget de 18 mois

    Telles sont les premières impressions qui se dégagent de ce budget dont la particularité est qu’il couvre dix-huit mois (janvier 2015 à  juin 2016),  avec des dépenses prévues à 154,3 milliards et des revenus de 131,2 milliards, menant ainsi à un déficit  égal à 3,6 % du Produit Intérieur Brut, comparé à 3,2% en 2014.

    Pour que le rêve se réalise, la population dans son ensemble est invitée à  se mettre au travail. Il lui est donc offert une incitation de taille : pas de hausses fiscales, ni de nouvelles taxes et moins d’occasions de se laisser tenter par des jeux pour gagner de l’argent facilement.

    Allons- y donc pour cette croissance magique de 5,3 % en 2015-16 et de 5,7% en 2016-17..

    24/03/2015 Pierre DINAN