• Brexit : make or break ?

    Le référendum auquel sont conviés les Britanniques le 23 juin 2016 les place devant un choix cornélien : rester au sein de l’Union Européenne ou en sortir   (statu quo ou brexit) ? D’un côté comme de l’autre, c’est un choix de nature irréversible. C’est ce qui explique, sans doute, pourquoi la température est montée au sein de l’électorat britannique, au point de mener à l’horrible assassinat de la députée Jo Cox.

     

    Et à Maurice ? Sommes-nous concernés ? Ça passe ou ça casse ?

    A l’évidence, le brexit n’enflamme pas les esprits à Maurice. L’actualité est accaparée par des événements autrement plus excitants, comme la Fête de la Musique, l’euro 2016 du football et le « tug-of-war » entre Madame le Speaker et le quatrième pouvoir. Mais, sans sombrer dans un alarmisme déplacé, il est bon que nous prenions conscience à Maurice des conséquences possibles du brexit sur notre économie.

    C’est par rapport à nos échanges commerciaux avec le Royaume-Uni que nous sommes vulnérables. Il faut savoir que les préférences tarifaires et d’accès dont bénéficient nos exportations vers le Royaume-Uni relèvent d’un accord de partenariat avec l’Union Européenne(UE). En cas de retrait de l’UE, le Royaume-Uni pourrait, à terme, nous enlever ces préférences-là. Ou bien, alternativement, il pourrait chercher à négocier de nouvelles conditions moins attrayantes pour nous. Il faut savoir que nos exportations de marchandises ont dépassé 10 milliards de roupies en 2015 comme en 2014, soit l’équivalent, durant chacune de ces deux dernières années, de 11,5% de nos exportations totales.

    Par ailleurs, il y a lieu de craindre une chute de la valeur de la livre sterling en cas de brexit, celui-ci causant un choc économique que le Royaume-Uni devra gérer sans pouvoir en éliminer les conséquences néfastes, pendant un temps plus ou moins long. Les incertitudes risquent d’occuper le devant de la scène, empêchant des prises de décisions par rapport à des investissements.

    La valeur de la roupie

    Qui dit chute de la livre sterling dit appréciation de la roupie vis-à-vis de cette devise, ce qui entraînerait une baisse des revenus d’exportations en roupies, avec des conséquences négatives sur la rentabilité des entreprises concernées. A moins que la roupie ne soit dépréciée en sympathie, ou en synergie, avec la livre sterling, menant ainsi à une hausse du coût de nos importations, libellées en majorité en dollars US. Pile je gagne, face tu perds.

     

    Les touristes

    Le flux de touristes britanniques pourrait aussi être affecté, si la livre sterling perd de sa valeur à cause du choc causé par le brexit. Le nombre de touristes britanniques visitant Maurice n’est guère négligeable : 115 326 en 2014 et 129 796 en 2015, soit des ratios respectifs de 11,1% et de 11,3% par rapport au nombre total de visiteurs étrangers. Ici encore, la tentation ou la pression d’avoir recours à une dépréciation de la roupie par rapport à la livre sterling risque d’être forte, afin de prévenir une baisse de fréquentation des touristes britanniques.

    Le risque d’incertitudes

    Si les partisans du brexit l’emportent, des observateurs estiment qu’il faudra compter au moins deux ans avant que le Royaume-Uni n’arrive à couper le cordon ombilical avec l’Europe. Certains autres pensent même que le Parlement britannique, constitué d’une majorité de députés statu quo comme c’est le cas à présent, pourrait largement vider le brexit de sa substance. Mais cessons de rêver.

    Ce qui sera dommageable, toutefois, ce sont les incertitudes qui entoureront l’économie du Royaume-Uni : elles risquent d’avoir des répercussions sur notre économie pour laquelle, comme déjà souligné ci-dessus, le Royaume-Uni est un partenaire de poids.

    Croisons donc les doigts et attendons le verdict des urnes.

    01/06/2016 Pierre DINAN